Anne Sinclair, Passé composé
Il est des livres dont le vide abyssal n’empêche en rien le colossal succès.
La directrice de l’Huffington France et ex-égérie de la télévision a rassemblé le ban et l’arrière-bancdes médias et de l’intelligentsia pour que son pensum quelconque soit adoubé par le plus grand nombre.
Présenté comme un Graal intimiste, il est un parfait exemple du néant littéraire. La brillance n’est faite que pour les rayons lunatiques des supermarchés du livre ou leur têtes de gondole. La fille au yeux pervenche se transforme en mère Denis de la vérité. Elle se présente telle la plus résistante des agnelles aveuglées par l’amour.
Narcisse en rien ascète, elle dit écrire ce livre « en espérant intéresser tout le monde à une vie qui ne serait pas celle de tout le monde ». Les gogos vont donc en avoir pour leur argent. Entre autres avec le croustillant passage le plus attendu de l’insidieux abus dont elle fut lauréate.
Reste le portrait pro domo – de l’enfance à aujourd’hui- par celle qui pratique bien des impasses sur – et entre autres – les épisodes de l’ascension sociale, journalistique et politique déjà bien assise.
L’auteure – sur ce point des plus discrètes – sut tirer des fils que seuls les bénis de la haute société et maîtres des marionnettes possèdent entre leurs mains.
Tout cela reste une mascarade et de la parfaite esbroufe. Mais la supercherie séduira les esclaves de la duperie. Ils seront nombreux à se lamenter sur le sort réservée à celle qui se fait seulette, épouse courage, dépouillée momentanément avant d’être envahie des spasmes infinis d’une passion tardive qui la fait rêver encore et encore.
Et c’est d’ailleurs tout le mal qu’on lui souhaite.
Des rives d’une désolation provisoire – qui compléta néanmoins beaucoup sa gloire médiatique – jusqu’au geyser d’une nouvelle révélation sentimentale, l’auteure ne se mesure jamais à l’aube de l’obscurité (si ce n’est de certains autres) mais à sa propre lumière. L’ouvrage restera comme un des moment farces et parfaitement inutiles de ce qui ne peut plus s’appeler la littérature.
Sauf bien sûr pour tous les journalistes en cours qui baisent les pieds de leur éternelle adulescente et font leurs choux gras d’un brouet nébuleux et fantomatique.
lire un extrait
jean-paul gavard-perret
Anne Sinclair, Passé composé, Grasset, Paris, 2021, 384 p. – 22,50 €.
One thought on “Anne Sinclair, Passé composé”
et souvent les vides ne sont même pas abyssaux , ils ne reflètent pas Narcisse au fond du puits