Sibilla Aleramo, Une femme

Briser le sceptre noir des hommes

Les édi­tions des femmes — Antoi­nette Fouque repu­blient en poche un de leurs quatre livres ori­gi­naux de 1974. Celui de Sibilla Ale­ramo (1876–1960). Le pre­mier roman lar­ge­ment auto­bio­gra­phique de la Pié­mon­taise fut un énorme suc­cès. Il fut aus­si­tôt publié en plu­sieurs langues et fut salué en France par Rodin, Anna de Noailles, Valéry Lar­baud, Péguy, Apol­li­naire et Colette.
C’est après avoir quitté son mari et son enfant, qu’à trente ans, l’auteure publie l’histoire d’une héroïne déchi­rée entre un amour déme­suré pour un père brillant et séduc­teur et la pitié envers une femme-mère timide, humi­liée, trom­pée qui sombre dans la folie.

La nar­ra­trice lutte pour conser­ver son indé­pen­dance intel­lec­tuelle (et affec­tive) face à un mari bru­tal et lâche le tout dans un cli­mat pro­vin­cial étroit et super­sti­tieux. Le prix à payer pour l’héroïne ne fut pas négli­geable. C’est en renon­çant à deve­nir mère que l’héroïne put demeu­rer libre et active. A ce titre le livre devint une fic­tion dans laquelle bon nombre de femmes purent soit se recon­naître, soit espé­rer s’émanciper.
L’auteure s’appuie sur une langue évo­ca­trice au plus haut point. Elle fait preuve de bien des réserves d’un style sub­ti­le­ment clas­si­ciste mais n’hésite pas à lais­ser per­cer des effu­sions lyriques et sen­suelles lorsque cela est non seule­ment utile mais nécessaire.

Ce roman de lutte épouse par­fai­te­ment la vie et l’oeuvre de l’Italienne. Elle s’inscrivit d’ailleurs au P.C. ita­lien pour être en accord avec ses idées pro­gres­sistes et le com­bat social qu’elle porta dès les années 10. Elles et il trans­pa­raissent dans ce livre comme dans les autres romans et dans le Jour­nal de l’auteure.
Son insol­vable liberté où s’abrogent les dik­tats de bien des confor­mismes éclate dans cette oeuvre pre­mière et majeure.

La pulpe du réel est pres­sée et Sibilla Ale­ramo sait péné­trer les pen­sées de celles et ceux qu’elle met en scène dans ce roman d’ombre et de lumière.
Et fémi­niste avant la lettre fait pour bri­ser le sceptre noir des hommes.

jean-paul gavard-perret

Sibilla Ale­ramo, Une femme, trad. de l’italien par “le col­lec­tif de tra­duc­tion des “édi­tions des femmes” “, des femmes — Antoi­nette Fouque édi­tions, Paris, 2021, 176 p. — 8,00 €.

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Filed under Echos d'Italie / Echi dell'Italia, Romans

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