Bénedicte Fayet, La Nuit du Mahalia Blues

Bénedicte Fayet, La Nuit du Mahalia Blues

Dans l’illimité de l’instant

Il existe dans l’écriture de Bénédicte Fayet une musique implicite, douce, ouatée même dans  un roman  aussi dur que  cette Nuit de richesse et de misère, d’amitié et de trahison dans l’univers du jazz.
Se  retrouvent ici tous les grands musiciens de jazz dont l’auteure, astucieusement, ne retient que les prénoms pour donner plus de mystère à sa fiction.

C’est comme si le secret d’une telle musique n’était pas soluble dans la glose dont certains la beurrent sous prétexte qu’elle n’est pas directement assimilable. Bénédicte Fayet évite un tel type laïus.
Comme dans L’Avancement qu’elle publia à la fin des années 80 chez P.O.L,  elle sait créer des glissements progressifs en une narration qui demeure une histoire de musique.

Dans cette fable qui traverse le monde, le style reste parfaitement limpide. C’est comme si l’auteure avançait par sauts dans l’illimité de l’instant afin montrer comment il se construit dans le dos des héros.
Ils paraissent demander toujours l’impossible, du moins à ceux qui ne veulent pas les entendre.

Plutôt que de caresser la plainte dans le lyrisme crépusculaire, l’écriture mord l’énigme dans lequel tout jazzman peut être coincé. Certes, l’auteure estime que la solidarité et la fraternité existent mais qu’elles ne se crachent pas en simple slogan ou affirmation. Il faut qu’elles fassent leur preuve. Ce qui n’est pas toujours  le cas ici . Tant s’en faut.

Même si le jazz coule sans bord, là où l’ombre portée de l’écriture ouvre à une énonciation que le lecteur n’imagine pas lorsqu’il ouvre un tel roman.

jean-paul gavard-perret.

Bénedicte Fayet, La Nuit du Mahalia Blues, La p’tite Hélène Editions, 2020,  290 p. – 23,00 €.

One thought on “Bénedicte Fayet, La Nuit du Mahalia Blues

  1. Cher Jean-Paul Gavard-Perret,
    Je vous remercie infiniment pour cette belle chronique de mon livre, j’en ai été très, très touchée. Vous êtes le premier à réagir par écrit et je suis certaine que vous allez contribuer à faire connaître mon Mahalia, dont j’espérais surtout qu’il donne l’amour du jazz et des envies de fête musicale (en ce moment, oui !) avec de la joie, même s’il lui faut être un peu carnassière (peut-être est-ce le moment, là aussi). Je dois vous avouer qu’en vous l’envoyant je n’en menais pas large, j’ai été exaucée au-delà de mes craintives espérances.
    Merci encore à vous
    Bien cordialement
    Bénédicte Fayet (qui n’a toujours pas réussi, pour raisons techniques, à s’abonner au litteraire.com)

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