Syrine Krichen, Le temps du voyageur 2

Syrine Krichen, Le temps du voyageur 2

L’intenable

Un tel roman dans son alacrité et sa vitesse devient une traversée et une science de la fiction. Il est primesautier. En apparence. Car l’auteure ose les chiasmes, les coupures, les virages, les mixages bref la fantaisie et ses miracles à toutes les étapes de sa vie et de sa fiction. Evitant ce qu’on nomme « roman de formation », Syrine Krichen fait voyager à la puissance 2 lecteurs et lectrices au milieu de regards des fous, de couleurs d’antan, de villes des vents, de sueurs fruitées et au sein de coursives, volutes et sagesses multiples et des amours identiques.
Même si pour le narratrice un amour bionique devient une fixette au genre particulier. Car elle est comme les femmes nouvelles : elles aiment informatique et préfèrent l’amour synthétique.

Mais avant cette conclusion provisoire, l’auteure en partant des territoires premiers et de son propre Aleph propose une fiction tout en rythme. Chaque fois que sa narratrice semble s’éloigner, c’est juste pour reprendre souffle, se blâmer d’être devenue parfois ce qu’elle est. Mais tout reprend, bouillonne et voyage.
L’espièglerie et l’humour sont les meilleurs moyens de cacher la gravité. Celle qui ne cesse de se terrer pour empêcher de se trahir, se montre, se dit entre angoisse et désir dans un Paris (mais pas seulement) qui devient sa chair vibrante.

La narratrice y « shake son body » et son âme. D’où l’apparition d’un « roman de téléportation » qui s’ouvre- ou presque – sous l’égide de Dali dont la narratrice garde la folie au service de son fait-tout. Il est des plus réussis.

jean-paul gavard-perret

Syrine Krichen, Le temps du voyageur 2,  Z4 éditions, coll.. « Bleu Turquin », 2019, 110 p. – 12,00 €.

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