Pierre Filoche, On ne demande pas la neige
Un polar agricole à la française qui n’est pas sans rappeler Erskine Caldwell et son P’tit gars de Georgie.
Un tueur d’élite en série effraie la campagne des environs de Barru. Camel, un proxénète fier de sa Saab, meurt accidentellement et rejoint Daisy dans la mare. Louis est amoureux d’une prostituée qu’il cherche à racheter. Tom, le neveu de Louis, est sapeur pompier volontaire, et dans la chaleur ambiante, alors que les morts et les incendies se multiplient, les questions qui le hantent n’ont guère le temps de trouver de réponses.
Chat est mort, assassiné. Chat, c’est le chat de Tom et de sa mère. L’occasion de tenter de couper un cordon ombilical. À Barru, les filles sont rendues faciles par la canicule. Deux tueurs recherchent le porte-document de Camel. Ils ont la gâchette facile. Les habitants aussi. Tout se sait et tout se tait. Lambert, propriétaire terrien, envisage de planter des OGM à l’insu des autres.
Ce roman noir, bel exemple de polar agricole, est rempli d’une haine qui remonte à plus de vingt ans. De choses enfouies jamais digérées, jamais expliquées. Les couples ne sont pas ce qu’ils auraient dû être. Amours perdues par des fautes stupides qui induisent rancoeurs et jalousies. On ne demande pas la neige propose une kyrielle de personnages typés et intéressants. Aucun n’est beau. Tous transpirent, sont gauches. L’idéal n’est absolument pas de mise. La faute, le péché (originel ?), sont, eux, omniprésents. Du chaos naîtra la solution. Le drame final est pressenti mais jamais dévoilé, découvert par le lecteur. Il est somme toute banal. Et c’est peut-être en cela qu’il est fort : il achève de donner à l’ensemble du texte une noirceur très belle et très sombre.
Le style est efficace et concis, la fresque passionnante. Loin de s’effilocher (on me pardonnera ce jeu de mot vraiment trop facile), le récit est cohérent à tous niveaux (style, personnages, lieux), ce qui permet une lecture rapide et agréable, d’autant plus assurée que l’écriture est très aérée, très souple. Pierre Filoche signe ici un retour remarqué. Depuis la disparition des éditions Baleine, et un dernier « Instantanés de polar » en 2001 (Le Septième pilier), l’auteur, fidèle à la maison créée par Antoine de Kerversau (il y a publié six titres) revient, et ce n’est pas une surprise, au bercail adkien (ADK est l’éditeur des Contrebandiers). Bercail situé entre la Creuse à sec et la Vienne grise…
julien védrenne
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Pierre Filoche, On ne demande pas la neige, Les Contrebandiers éditeurs, novembre 2005, 175 p. – 12,00 €. |
