Pacôme Thiellement, Tous les chevaliers sauvages suivi de Wolinmélancoliski

Pacôme Thiellement, Tous les chevaliers sauvages suivi de Wolinmélancoliski

Tombeau ouvert

Chroniqueur attitré de l’émission mythique de France Culture « Mauvais genre » dont elle est la caution immoraliste, Pacôme Thiellement offre ici un retour à un genre oublié : le tombeau. Dans cette particularité littéraire, il est toujours ouvert. Et l’auteur ne s’en prive pas. Avide des figures marginales, il en exhume – en rat de bibliothèques maudites et autres caves – un texte d’histoire culturelle hors de ses gonds.
 Tous les Chevaliers sauvages  devient un voyage dans les trois pays pour lesquels l’auteur cultive une fixette intellectuelle : Japon, France, USA. Thiellement y part en Rambo de la galéjade, en aventurier des gags perdus afin d’exhumer des « guerriers du comique ».

S’y retrouvent de facto des figures tutélaires moins de la gaudriole que du comique dans tous ses états et sous ses formes les moins avouables : Mishima, Choron, Cavanna, Fred, Topor, Reiser, Gébé et Andy Kaufman, sont là comme histrions et desesperados d’un temps où l’humour n’était plus une pose commerciale aseptisée mais un combat que les créateurs payaient parfois fort cher et jusque dans leur chair.

Snippers des pré-hackers, hackers des snippers officiels, de tels « héros » risquaient donc gros. Des « profilers » les suivaient à la trace afin que leurs dystopies catastrophiques et farcesques soient réduites au silence. Il s’agissait pour les maîtres de l’ordre d’activités pratiquement criminelles et ils étaient reconnus coupables de délits. Seule la réaction populaire (du moins une partie d’entre elle) permettait de les sauver.
Pour ces valeureux héros d’une époque révolue, l’humour fonctionnait comme un substitut à la guerre. Selon Thiellement, Choron en fut le parfait exemple. Et « Hara Kiri » idem. Et ce n’est pas un hasard si l’auteur achève son livre en hommage à cette galaxie sur Georges Wolinski (texte superbe s’il en est).

Ajoutons que l’hirsute auteur ne se contente pas de raconter des histoires. Il expose et analyse un monde apparemment extravagant mais où le bric et le broc n’ont rien de rococo ou de rikiki. Tout est « baroco » là où « l’âme à tiers » chère à Lacan prend diverses textures.. De tels créateurs apprirent que pour s’y envoyer en l’air il n’y avait pas besoin d’ascenseurs. Mots et images suffisent : ceux qui ressemblent à des parapluies sur des tables à dix sections.

jean-paul gavard-perret

Pacôme Thiellement, Tous les chevaliers sauvages suivi de : Wolinmélancoliski, couverture de Kiki Picasso, Editions Wombat, coll. « Les Intempestifs »,  2018, 192 p. – 20,00 €.

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