Danièle Sallenave, L’églantine et le muguet

Danièle Sallenave, L’églantine et le muguet

Moralisme littéraire 

Si les dictées étaient encore à la mode, pour sûr le livre de Danièle Sallenave deviendrait pour les têtes blondes, brunes ou rousses un must. A savoir ce que ceux de Maurice Duhamel furent en leurs temps. Cette géodésique du Maine et Loire est d’un rare ennui pour ceux qui ne se reconnaissent pas forcément d’affinités immensément électives avec l’Anjou et ses feux de naguère.
A l’aide de son véhicule à moteur, l’académicienne ( mais toutes ne sont pas Marguerite Yourcenar ou Florence Delay) a arpenté son pays natal. C’est, l’âge venant, un réflexe classique. Mais pourquoi vouloir le faire partager ? Une bonne édition dans les annales de l’Académie d’Anjou (qui doit bien exister) aurait pu suffire. Car ce qui est raconté va comme une charentaise à chaque province (on dit maintenant région). A savoir que ce département et ses environs constituent une terre de contrastes et de contradictions, de révolutions et de contre-révolutions.

Se retrouve en  Anjou comme ailleurs ce que l’auteure semble si surprise de découvrir : des riches et des pauvres, des aristocrates, des bourgeois, des manants, des exclus, des croyants et des impies. Sa généalogie n’a rien d’original (elle ne pouvait pas l’être) et il n’y a que l’auteure pour s’étonner de ce qu’elle découvre en feignant d’ouvrir des portes largement ouvertes.
L’histoire des possédés et des possédants ne recèle rien de particulièrement angevine. Et il n’a pas fallu attendre qu’un tel ange vienne afin de nous rappeler de tels éclaircissements : enfin presque. On sent chez la femme de gauche que le combat des Vendéens voisins lui reste dans la gorge. Néanmoins, l’Académicienne a les grandeurs d’esprit des clercs républicains toujours prêts à faire preuve de mansuétudes face aux exactions qui ont près de 250 ans d’âge.

Mais l’auteure garde le « don » de façonner à sa main les explications qui lui conviennent. Et il n’est pas jusqu’au rejet des Algériens pendant la guerre dite événementielle d’être expliquée par l’histoire coloniale héritière de celle des chouans. Certes, tout reste écrit au nom des bons sentiments mais font-ils une bonne littérature sinon néo marxisante version doucereuse ?
Danièle Sallenave sauve l’églantine – fleurs des ouvriers – qui fut remplacée lors de l’épisode Vichy – par le muguet. Les deux forment un bouquet chez celle qui fait preuve de néothomisme. Tout cela est bien écrit et un peu exalté. Nous sommes là dans un moralisme littéraire sans doute de bon aloi. Mais rien de bien nouveau dans la douceur angevine sinon les noms de lieux (Gramont, Quatrebarbes, Bourmont) faits pour rêver les amicales d’une province qui avance ici de manière surannée.

jean-paul gavard-perret

Danièle Sallenave, L’églantine et le muguet, Gallimard, 2018, 544 p. – 22,50 €.

One thought on “Danièle Sallenave, L’églantine et le muguet

  1.  » Exalté et suranné  » ! Mais le texte n’est pas simplement du Maine et Loire . Que chacun ouvre son tiroir et le géodésique devient académique . L’intime de l’image première préside au sens de l’identité disait Françoise Dolto .

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