Nathalie Kuperman, Je suis ce genre de fille
L’héroïne de Nathalie Kuperman est une combattante du quotidien qui tient par ce qu’elle peut. Sa Juliette est forgée d’une idée de la féminité qui l’assigne à des injonctions implicites et des comportements peu sûrs. Elle est un peu à l’image de celle qui l’a inventée. Celle-ci, à travers son héroïne, trouve des mots pour se dire, quitter les normes qui imposent via le masculin pour toute femme à rester une fille « à » ou « de ».
Le roman devient une recherche contre l’essorage de la vie et du système d’aliénation dans laquelle une femme est imbriquée. Certes, l’héroïne tend à coller à une norme mais elle veut y trouver son chemin tant elle se sent mal dans les clous qui l’obligent à boire un peu trop le soir – donc en un moment qui n’est pas forcément le bon.
Prise entre une détestation de soi et des autres par une vie qui lui convient mal, elle cherche à être celle qui serait à la fois le genre de quelqu’un et le sien. Néanmoins, fille, femme, mère elle n’arrive pas à devenir qui elle est – n’ayant pas fait le deuil de sa mère. Si bien qu’elle reste « un genre de fille » sans véritable « nature » si ce n’est un insaisissable qu’on voudrait accorder au féminin. Mais c’est sans doute un leurre, et pour les femmes elles-mêmes.
Toutefois, cette héroïne tente de prendre «son » large. Le sens du livre le dévoile en avançant dans une écriture là où l’auteure semble se laisser porter « sans grand projet ». Mais le résultat est plus que probant. Celle qui « aime les cycles et la répétition » ne reste pas pour autant dans l’inertie. Bien au contraire, même si elle s’autorise parfois (parfois seulement) à ne rien faire même. Qu’importe si cela lui pose problèmes face aux actifs qui se perdent dans le « divertissement ».
jean-paul gavard-perret
Nathalie Kuperman, Je suis ce genre de fille, Flammarion, Paris, 2018.
