Benjamin Pitchal, La classe verte
Le premier livre de Benjamin Pitchal est bien plus qu’une bonne surprise. Son auteur – jeune homme des beaux quartiers mais un peu perdu – s’y raconte en évitant les poses de la classique autofiction. La classe verte se lit comme un roman d’un adolescent du nouveau siècle dont le grand-père non seulement fut le dernier explorateur de l’Amazonie mais l’éditeur de Georges Bataille, d’Antonin Artaud et ami des surréalistes. Son petit-fils veut le prendre en modèle.
Auparavant, il fait une éducation sentimentale (mais pas seulement) via des chemins de traverses qui le transforment en dealer au milieu d’un univers que, jusque là, il a ignoré mais qui lui permet de « faire la vie » avant de se retrouver en prison pendant un an.
La classe verte possède une puissance à là fois allègre et sérieuse. Il ne se veut ni rédemption ni acte de contrition. L’auteur y fait plus que le point. Il a écrit semble-t-il son texte à toute vitesse (comme sa vie) mais sans le bâcler – bien au contraire. Ce livre d’urgence n’empêche pas Pitchal de marquer un certain recul.
Il permet de créer une « fiction » originale et prenante là où un certain empêchement n’obstrue en rien l’admiration et des élans d’enthousiasme envers diverses « sociétés » qui permettent à l’auteur d’apprendre à réviser certains principes sans pour autant jeter le vieux bébé avec l’eau de son bain mais de trouver sa voie.
Entre Paris à Amsterdam – de fait et déjà – il poursuit l’aventure de son grand-père mais selon ses propres fondamentaux. Il y aura eu bien sûr le « chichon » mais demeure avant tout le goût et le commerce des livres. L’auteur vend des éditions rares dont il devient l’expert. Mais pas seulement. D’autant que ce travail non dévoreur de temps lui permet de se livrer à une nouvelle passion coupable : la littérature. Avec lui, elle est entre bonnes mains.
jean-paul gavard-perret
Benjamin Pitchal, La classe verte, Gallimard, coll. Blanche, Paris, 2018.