Claudine Loquen, exposition
Dans les fables colorées de Claudine Loquen les femmes restent un mystère fabuleux. Elles sont aussi proches que lointaines, réelles qu’irréelles. Elles semblent dans leurs envols ignorer le péché et ne leur vient en conséquence jamais l’idée de prier la Vierge Marie, les anges et tous les Saints. Pas question de pénitence. N’ayant (semble-t-il) rien à se reprocher, elles ignorent la repentance. Elles vivent leur vie de princesses élégantes pour aller au bal des débutantes ou dans des parcs d’attractions – pas forcément destinés pour les trop jeunes enfants.
Néanmoins, rien n’est jamais « dit » ouvertement. Claudine Loquen pratique l’art de la suggestion dans un univers baroque et merveilleux. Mais, sous l’apparente naïveté, se cachent des profondeurs. Un monde grouille d’étranges occupantes entourées de divers oiseaux. Ce ne sont pas des anges. Si bien que l’adoration du voyeur devient particulière : les personnages sont autant captives d’un monde féerique que captivantes. L’univers ressemble encore à celui de l’enfance même si, au fil du temps, les princesses d’azur deviennent des jeunes filles et presque des jeune femmes.
Douces, pulpeuses (mais juste ce qu’il faut), poétiques, les sirènes rêveuses ne sont pas marquées toujours d’étoiles de mer. Tout un peuple intérieur les chevauche. Mais elles font de même Ce qui ne veut pas dire pour autant que les femmes soient des frivoles. Elles sourient rarement mais ne sont pas vraiment tristes. Leur vie semble aller vers un interminable point d’orgue prolongé de plusieurs mesures.
Elles restent autant perméables aux menus événements qu’imperturbables. Leurs caprices restent toutefois cryptés. Mais il semble toujours qu’un moindre petit coup de brise les ferait chavirer. Cela étant, leur vertu demeure, cotonneuse, légère, lumineuse. Et Claudine réenchante le monde sans jamais tomber dans la mièvrerie. Ses personnages glissent leur magie dans la lourdeur du temps. Ce sont des sortes de passagères qui « barcarolent » au gré du moment aussi bref qu’éternel.
jean-paul gavard-perret
Claudine Loquen, Galerie Rollin, Rouen, du 10 avril au 12 mai 2018.