Guillaume Lenoir, Hartland, Les portes de l’enfer (tome 1)

Guillaume Lenoir, Hartland, Les portes de l’enfer (tome 1)

Une impression tenace de « déjà-vu »

Dans un genre littéraire chausse-trappe, où presque tout a déjà été écrit, faire preuve d’originalité relève de la prouesse. C’est donc rarement au cœur même de l’intrigue que la différence entre deux ou plusieurs ouvrages se creuse, mais bien dans tout ce qui gravite autour et la fait exister : les lieux, les personnages, les interactions qu’ils vont développer. Ces éléments sont le prisme à travers lequel un même phénomène, une même entité, qu’ils soient fantastiques ou horrifiques, se pareront de couleurs différentes et offriront de nouvelles perspectives.
Il convient donc d’apporter à ces éléments, que l’on pourrait ainsi qualifier de « constituants », une attention immense car, sauf exception, ce sont souvent les véritables piliers d’un genre largement visité. Si l’auteur a bien compris cette dialectique, il n’en tire pas, pour autant, toutes les conséquences.

En 1982, l’arrivée du révérend Thomas Garrett à Hartland (bourdage – fantôme dans la réalité – de Dakota du Nord), s’accompagne de phénomènes étranges et inquiétants. Linnea, une jeune femme revenue vivre dans la région suite à un drame familial, y retrouve par hasard Nathan, journaliste, une ancienne connaissance de passage en ville. Tous deux vont enquêter sur les événements qui perturbent la communauté et remonter à ses origines, exhumant son passé obscur, et celui de ses habitants.

Au rang des plaisirs que procure le roman, on peut donc compter sur un certain nombre de personnages qui s’avèrent relativement attachants. Différents les uns des autres, ils subissent tous les affres d’un passé sur lequel l’auteur ouvre plusieurs fenêtres et qui expliquent, lecture durant, leur présent et l’essentiel de leurs réactions. Il est assez aisé de s’imaginer leur vie et de comprendre ce qui la perturbe.
L’histoire se déploie par ailleurs dans un cadre et une bourgade qui se prête bien au genre qu’elle revendique. Lorsqu’on chemine sur les routes du Dakota du Nord, on ne doute pas être au bout du monde, là où tout peut arriver (et même le pire). On se laisse donc embarquer dans une intrigue qui se révèle bien cadencée. Et la plume, simple, permet d’avancer sans encombre.

Malheureusement, ces « constituants » sont insuffisamment exploités pour faire oublier une impression tenace de « déjà-vu ». L’intrigue, dont on devine assez vite les tenants et aboutissants, se révèle assez banale et les personnages, de même que les lieux, ne parviennent pas à transformer l’essai. Et pour une raison simple (du point de vue subjectif du chroniqueur) : ils ne sont pas assez fouillés ; leurs personnalités n’ont pas assez de profondeur ; ils ne nous plongent pas suffisamment dans la détresse qui les habite pour donner naissance à l’horreur qu’ils vont subir ou alimenter. Le mal devient orphelin de ceux qui auraient dû lui donner corps.
L’idéal aurait été de les pousser dans leurs retranchements les plus absolus (là où naissent les idées et les envies les moins avouables) – et il y avait matière. Quant aux lieux, nul doute qu’ils auraient pu grandement contribuer à l’avènement d’une situation apocalyptique. Mais il aurait fallu exploiter les caractéristiques géographiques et culturelles de l’Etat, ses croyances, ses tendances, les qualités et les travers de sa population, notamment rurale. Le style, enfin, reste perfectible.

darren bryte

Guillaume Lenoir, Hartland, Les portes de l’enfer (tome 1), Evidence Editions, 21 octobre 2017, 360 p. – 18,00 €.

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