Christophe Paviot, Mélancolie de la masse critique

Christophe Paviot, Mélancolie de la masse critique

La mélancolie, la nostalgie, la solitude et la douleur muette apparaissent comme la fantasmagorie de ce voyage aux quatre coins du monde

C’est avec un vague des passions, un spleen du XXIème siècle que Christophe Paviot aborde son recueil de nouvelles, Mélancolie de la masse critique. La rupture est le thème récurrent, la rupture avec la société lorsqu’un chômeur part surfer loin de son pays d’origine ou lorsqu’un DJ parisien va trouver le repos dans une petite localité brésilienne, la rupture amoureuse quand un homme traverse l’est de la France et le nord-ouest de l’Italie en auto-stop pour rejoindre sa copine à Turin avant de la surprendre avec un autre homme, la rupture forcée d’une femme avec son existence, la vie arrachée par son cancer du sein, et par la mort.
Christophe Paviot joue avec la forme et l’intrigue pour surprendre le lecteur, tant et si bien que le sens et le message des nouvelles ne sont pas toujours clairs. Par exemple, pourquoi l’auteur fait-il intervenir les amis d’une femme atteinte d’un cancer du sein, à propos des raisons qui l’auraient poussée à mentir sur sa maladie ? Aucune idée puisque la femme disait vrai : à la fin de la nouvelle, elle en meurt, comme prévu. La chute, le retournement de situation, la surprise du lecteur sont donc au rendez-vous, mais pourquoi avoir fait intervenir des amis qui croyaient que la malade mentait, alors que ce n’était pas le cas ? Pourquoi ne pas simplement l’avoir laissée mourir ? Pour montrer que la femme voulait profiter de la vie jusqu’au dernier souffle, et faire involontairement croire à un mensonge tant elle était heureuse de vivre ? Ou pour prouver que les gens seront toujours des imbéciles ?

Dommage que le sens soit trop implicite, et laissé de côté au détriment de l’effet de surprise. Le thème de la rupture est toutefois bien choisi, et Christophe Paviot évoque chacune des ruptures possibles avec la société, avec la vie, ou avec soi-même, sans doute parce que lorsqu’il fait vivre ses personnages, il partage leur rupture, et rompt avec le monde.
L’écriture lui permet de fuir, elle est en rupture avec le monde sensible. Le style est irrégulier, hétérogène, sans véritables codes, s’adaptant à chaque situation, passant du registre familier au genre lyrique. Le lecteur peut à certains moments apprécier la description douce et légère des paysages, et à d’autres s’agacer d’une multiplication de termes techniques -notamment dans la nouvelle wild is the wind– qui rend la narration difficilement compréhensible.

Mais ce ne sont pas tellement la psychologie, le style et l’intrigue qui forgent les bases du recueil, mais l’effet unique, le retournement de situation, la chute vertigineuse ; et malgré les interrogations sur le sens parfois peu clair des nouvelles, Christophe Paviot arrive à surprendre le lecteur.
La mélancolie, la nostalgie, la solitude et la douleur muette, silencieuse, mais ancrée au plus profond de l’être, apparaissent comme la fantasmagorie de ce voyage aux quatre coins du monde. Ce voyage teinté d’évasion, loin, très loin de la société occidentale et de son éternel consumérisme.

Benjamin Rosenberg

 

   
 

Christophe Paviot, Mélancolie de la masse critique, Editions Dialogues, mai 2010, 183 p.- 17,50 €

 
     

 

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