Jaime Avilés, La Nymphe et le sous-commandant

Un roman étrange où Jaime Avi­lés, une des signa­tures les plus connues du Mexique, entre­mêle à plai­sir les fils de sa narration

 

- ’Soir, dit une voix dans leurs dos. 
C’était le sous-commandant Mar­cos.
Le doigt flam­boyant de sa mini-lampe torche se pointa sur la table avec ses vic­tuailles. Il passa tout près de Bedoya, en mor­dillant sa pipe, et exa­mina les boites de conserves comme un ins­pec­teur.
 –Tu es plus modéré que Jaime Avi­lés, qui arrive avec des huîtres fumées, (…), des harengs à la mou­tarde, du crabe façon Bil­bao. Quoi d’autre encore ? Tiens toi, tu dois savoir. 

Jaime Avi­lés, chro­ni­queur, est une des signa­tures les plus connues du Mexique. Il signe régu­liè­re­ment des articles pour le Monde Diplo­ma­tique ou Cour­rier Inter­na­tio­nal sur des sujets aussi brû­lants que les car­tels de drogue, la cor­rup­tion ou les luttes des indiens zapa­tistes au Chia­pas qui se rebellent contre 500 ans d’exploitation et d’injustice. Indiens qui, et ce pour la pre­mière fois sans doute dans l’histoire des pauvres de la Terre, sont par­ve­nus à réunir les esprits les plus géné­reux et féconds du moment dans le but de cher­cher ensemble sur des cartes qui n’existent pas, les routes mari­times qui n’existent pas non plus et qui, néan­moins, conduisent à ce petit ter­ri­toire ima­gi­naire qui s’appelle “le futur de l’humanité”, et dont les rives sont peu­reu­se­ment gar­dées par la stu­pi­dité.
Si le roman de Jaime Avi­lés nous per­met de suivre le sous-commandant et son étrange armée jusqu’au cœur de la jungle, il démarre sur une appa­ri­tion, ou plu­tôt sur l’improbable ren­contre entre Sera­pio Bedoya, jour­na­liste blasé féru de poèmes lyriques qui écrit des sketches de café-théâtre alors qu’il rêve d’être un nou­veau James Joyce, et la très jeune Nau­si­caa, la fille du roi de Féa­cie, la plus belle que jamais contem­plèrent les yeux des mortels. 

Parce que l’apparition sou­daine fut comme un coup de sabre, un infarc­tus ou une throm­bose, parce qu’un ins­tant aupa­ra­vant il se sen­tait en bonne santé et qu’il flot­tait à pré­sent en pleine démence.

Commence alors une quête sans issue où notre héros bor­ge­sien et mar­que­sien jouera sa vie aux quatre coins du Mexique pour conqué­rir le cœur de cette beauté idéa­liste. Pour se prou­ver aussi que lui, Sera­pio, dont les his­toires d’amours sont chao­tiques, les illu­sions en berne et le manque d’argent chro­nique, n’est plus une car­touche brû­lée mais un homme épris de vie, d’amour et de liberté.

Qu’est-ce que je serais devenu si les zapa­tistes n’avaient pas com­mencé le 1er jan­vier ? Je me serais coupé les veines pour Nau­si­caa, conclut-il. De là sa gra­ti­tude, son enga­ge­ment, la cer­ti­tude de son adhé­sion abso­lue à la guerre des Indiens. 

Jaime Avi­lés aime le va-et-vient, l’écriture en flash-back, il entre­mêle judi­cieu­se­ment les fils de sa nar­ra­tion, entor­tille la ligne du temps, intro­duit du rêve dans la réa­lité de cet homme à bout de souffle, du rêve dans le rêve, du deli­rium tre­mens.

cedric beal

   
 

Jaime Avi­lés, La Nymphe et le sous-commandant (tra­duit de l’espagnol — Mexique — par René Solis), Métai­lié coll. “Biblio­thèque hispano-américaine”, sep­tembre 2006, 204 p. — 19,00 €.

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