Yannick Bonvin Rey, Exposition
Les « paysages » de Yannick Bonvin créent une attente laquée d’épaisseur sans fin défaite. S’allient la poursuite de la transparence et l’enchevêtrement des formes. L’artiste suisse creuse le réel, en détruit le décor pour donner à voir un monde qui avance en silence comme des dunes sous l’effet des vents que l’on croyait contraires.
Dans les toiles, les ombres ne sont désertes que grandies sous l’imminence de plages et de pans qui touchent un vide mais sur lesquelles, tels des funambules, des taches et des strates jouent. Jaillissent des stigmates, des énigmes traversières. Sur la fin des terres un espace est encore possible : la continuité du clair et de l’obscur échappe à l’enclos du sanglot. De la terre au ciel émane, jusque dans l’horizontalité des traits, une ascension et le silence devient velours sur la surface des toiles.
Nous avançons dans le chant des migrations et des exils et nous revoilà errants saisis d’une joie profonde et pudique. L’être humain est absent des œuvres, mais il est remplacé par l’âme de lieux qui possèdent leurs propres lumières en un point de l’espoir si proche de la désespérance si bien que chaque toile impose une méditation.
Si miroirs il y a, il s’agit de miroirs diffractés sur lesquels – ici mieux qu’ailleurs et dans l’immédiateté d’une présence qui ne se quitte pas – se fouille l’écart d’un relief parmi d’autres survivants. Existent parfois des couleurs du large sur un blanc de neige sale. Et parfois, comme la tombée d’un archet sous une aube imperceptible. Une langue picturale monte de l’invisible. C’est l’appel d’une paix ineffable offerte à l’amplitude.
jean-paul gavard-perret
Yannick Bonvin Rey, Exposition, Galerie Marianne Brand, Carouge, du 5 au 23 novembre 2016.
