Richard Millet, Israël depuis Beaufort

Richard Millet, Israël depuis Beaufort

Au nom de l’ « Autre »

Plutôt que de se laisser enfermer dans le piège médiatique qui ne parle que des problèmes liés à l’Islam, Richard Millet déplace les lignes. La problématique (dans le droit fil de Franz Rosensweig) est claire : « L’Église et la Synagogue ont besoin l’une de l’autre ». Cela va sans doute porter à polémique sauf si la critique préfère éviter les sujets qui fâchent et celui par qui souvent le scandale arrive. Richard Millet n’en est pas à son coup d’essai – on se souvient de l’épisode norvégien qui lui valut son éviction de chez Galllimard. Ici, l’auteur change de sujet et ose affirmer « qu’importe si un juif ne témoigne pas pour le chrétien » : l’auteur se charge de témoigner au premier une éternelle reconnaissance.
Par cette posture, Millet a le mérite, sinon de ne rien attendre des autres, du moins de balayer devant sa propre porte. C’est une pensée intempestive au moment où chacun préfère de désengagement et la charge envers l’ « Autre ». Millet ose une introspection qui le rapproche du Liban où il vécut et d’Israël limitrophe. Il fait retour sur sa jeunesse. Il a en effet connu une introspection et une « transfusion » du « sang juif de Jésus ».

A partir de là, il considère Israël comme la mémoire de l’origine : « Le sang et l’être juifs ne se confondent-ils pas dans une universalité à laquelle je participe par le baptême et par cet héritage qui porte le nom de culture ? » interroge l’auteur. Et si, dans sa jeunesse, il ne pensait pas de la sorte, peu à peu il a compris pourquoi « les noms juifs et les mots hébreux ne cessaient de sonner dans la bouche des religieuses et des curés au Liban, et même dans les propos quotidiens ».
Ils ont apporté à l’auteur les fondements d’une ascendance particulière. Proche, en ce sens, d’un Jabès dont il fut l’ami, l’auteur rappelle qu’ « à l’âge d’un Juif il faut toujours ajouter trois mille ans d’histoire ». C’est cette longue histoire qui circule dans le livre de Millet. . Le propos est souvent âpre, sans la moindre concession. Il peut froisser – voire agacer certains – mais, comme toujours avec Millet, il interpelle.

jean-paul gavard-perret

Richard Millet, Israël depuis Beaufort, Editions Les Provinciales, 2016, 128 p. – 12,00 €.

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