Patti Smith, M Train

Patti Smith, M Train

Cérémonies secrètes

Dans ce livre de recueillements, à la rockeuse de Horses fait place une écrivaine. Elle fait jaillir son moi profond sans bâtir de digues et dans la célébration d’angles morts qu’elle fait revivre. « M » rime ici avec moi, mystère, mysticisme, Michigan, Murayama et bien d’autres ombres usées jusqu’à l’os. S’y retrouvent les « modèles » tutélaires de l’artiste : Rimbaud, Breton, Mapplethorpe, etc.. Le vide de l’absence ainsi noué s’apprête à signifier : Patti Smith ne l’en empêche pas, bien au contraire.
Certes, l’assemblage de fragments divers crée une discontinuité parfois préjudiciable à l’ensemble mais cela permet au discours de se poursuivre en jouant de l’écart qui existe entre ce qu’il veut faire ressentir et ce que disent les mots qui luttent en avançant.

Surgit, au sein des fragments et des photos, une sur-existence face aux ténèbres. De scènes emblématiques émane une lumière entre le passé et le présent. Mais à la nostalgie fait place l’exaltation vitale. Le soleil absorbe le nocturne au sein d’anecdotes cérémonielles. Une chanson de gestes du recueillement suit son cours.
M Train  témoigne d’une spiritualité et d’une présence du corps dans un élan qui dépasse le vécu quotidien. Il devient conjonction, convergence de ce qui fait la vie au milieu du scintillement de ses « ruines » en un extraordinaire travail de régénérescence, de remémoration et d’appel.

jean-paul gavard-perret

Patti Smith , M Train, Trad. de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, Gallimard, Hors Série Littérature, Paris, 2016,  272 p. – 19,50 €. 

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