Rimantas Dichavicius, Fleurs parmi les fleurs

Rimantas Dichavicius, Fleurs parmi les fleurs

Ceci n’est pas une version soviétique de Play Boy

Blanches gothiques, sorties de l’ardent silence pour que leur corps vibre en communion avec la nature, les égéries du photographe lithuanien Rimantas Dichavicius se laissent aller devant l’objectif pour jouer de leur sexualité en se moquant que quelqu’un ne les accuse de jouer les mannequins d’une version soviétique de Play Boy. Leur corps semblent agité de brusques sauts, d’écarts successifs. Chaque fois plus loin, leur espace est circonscrit par le photographe.
Chaque seconde réduite à son vertige, chaque seconde arrivée en floculation. Autour d’elles, tout est douceur à l’intérieur d’un imprononcé. Ce que le photographe dit voir est presque vu. Le corps est bien sûr là, mais qui peut assurer de son existence ? Même s’il ne cesse d’arriver. Toutefois, celles qui s’approchent n’arrivent pas. Elles se consument, étant leur propre mobile. C’est le corps différé de l’attente.

Le corps demeure enlacé avant la caresse. Si proche, si loin. Son image dans les herbes reste un vertige. Le voyeur est porté au plus près, livré aux apparitions de ces corps, à leur enveloppe infranchissable mais affranchie. Il se jette dans leur abîme. Mais, grâce à de telles prises, celles qu’on dit voir ne sont que presque vues. Comme si notre regard les rendait plus invisibles. Leur corps est le mouvement dans l’image. Les femmes sont les relevé(e)s qui persévèrent dans l’envahissement de leur anatomie.
Rameurs, levez l’ancre ! Tel est le sens de Fleurs parmi les fleurs : ne plus avoir de lieu, venir d’ailleurs jusqu’ici où s’engendre la brèche. C’est une présence mais le mot présence n’habite pas les corps.

jean-paul gavard-perret

Rimantas Dichavicius, Fleurs parmi les fleurs, Texte d’Helmut Heuse,  Chez Higgins, Editeur, coll. Erotica, Montreuil, 2016 – 200,00 €.

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