René Wirths, Jazz (exposition)

René Wirths, Jazz (exposition)

Réinventer le monde jusqu’à ce qu’il devienne plus vrai

René Wirths s’attache à peindre de manière réaliste des objets du quotidien afin d’en saisir et d’en fixer l’apparence : vélos, chaises, échelles, machine à coudre, cassette, fils, outils, fenêtres… Le peintre ôte tout contexte à l’objet, ce qui en accentue tous les détails. Ceux-ci déterminent la taille de la toile, dont le fond est toujours blanc. Pour le berlinois, la peinture reste la meilleure façon de percevoir la réalité et de la capturer.
Lors de ses deux premières expositions à la Galerie Daniel, avec douze « natures mortes » d’objets souvent rétros et représentés de strict profil avec un réalisme saisissant puis avec « La Vie » diffusée à l’aide de papillons, de portraits, de dessins d’enfant chiffonnés, l’œuvre construisait de facto la fragilité de l’existence.

L’artiste pousse avec Jazz un peu plus loin son approche entre art conceptuel et hyperréalisme. Les objets peints gardent la lumière ambiante que l’artiste reproduit à leur surface selon la réverbération des fenêtres de l’atelier ou le reflet de son propre corps en train de peindre l’objet. La radicalité de telles peintures montre combien le visible et l’énonçable sont plus complexes qu’un simple principe d’évidence.
René Wirth réinvente donc de toutes pièces le monde jusqu’à ce qu’il devienne plus « vrai ». De l’évidence de vérité à la vérité d’évidence, le pas n’est donc jamais si loin. Face au leurre de cette évidence, la seule rébellion demeure le secret de l’image. Celle-ci ne crée plus un mur entre la lumière et l’ombre, entre le visible et l’invisible, mais le perce. Tout fonctionne entre le primat des régimes et des dispositifs de visibilités sur les façons de voir et de percevoir qui viennent mettre à mal les vérités d’usage. L’œuvre devient le langage obligé venant s’inscrire en faux contre les lettres d’or de la « loi » de la réalité que l’artiste détourne de manière subtile.

jean-paul gavard-perret

René Wirths,  Jazz, Galerie Templon, Paris, 27 février – 6 avril 2016.

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