Helena Almeida, Corpus

Helena Almeida, Corpus

Diffractions du portrait

Le sujet de la présentation et de la disparition du corps, en peinture comme en photographie, est fondamental dans l’œuvre d’Helena Almeida. C’est presque la signature de l’absence du référent maître de la peinture et cela met en avant le problème spécifique de la disparition comme de l’apparition du visage et du corps dans l’art. A l’époque où la mimésis aristotélicienne ne fonctionne plus sur les mêmes fondements historiques, l’artiste prouve que le portrait reste l’événement paradigmatique de toute disparition et d’apparition. Il peut même si situer autant sur le plan politique qu’esthétique.
Depuis quarante ans, la lusitanienne explore des limites de la peinture en associant l’image photographique au tracé du dessin et à l’empreinte de la peinture dans des compositions et des performances. L’exposition Corpus présente peintures, photographies, vidéos, dessins par lesquels le corps enregistre, occupe et définit l’espace ( des années 60 jusqu’à aujourd’hui).

C’est avec la photographie que la créatrice a trouvé le moyen le plus probant de lutter contre « l’extériorité », la conscience imageante de la peinture et permettre la coïncidence en un même support l’être et le faire. D’où la formule de la créatrice : « ma peinture est mon corps, mon œuvre est mon corps ». Mais les œuvres deviennent aussi les armes pour brouiller les limites des divers médiums. Le corps est sculpture, espace, objet, sujet au sein de scénographies où le contexte de la création reste présent. Helena
Almeida intègre dans ses photos des éléments de son atelier. Ses poses sont préparées afin de créer des ensembles complexes déclinés en séries photographiées par son mari Artur Rosa. Ce qu’on prend pour des autoportraits n’en est pas : son corps est le prétexte d’une saisie à caractère plus général.

L’autoreprésentation permet une relation plus forte entre la représentation d’un « faire » et la présentation du corps comme « support » à ce travail. Il est oblitéré par des « taches » qui le recouvrent. La photographie retrace une stratégie particulière de la performance. Le « vraisemblable » est mis en crise là où les frontières des régimes artistiques éclatent.

jean-paul gavard-perret

Helena Almeida, Corpus, Musée du jeu de Paume, Paris, du 9 février au 25 mai 2016.

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