Celle qui dort la fenêtre ouverte : entretien avec l’artiste Michèle Riesenmey
Par ses leporellos, Michèle Riesenmey lie peinture et poésie, art et existence. Que se passe-t-il dans cette union ? Surgit un autre monde en gestation. Le ravissement prend diverses formes. La créatrice, même lorsqu’elle sépare ses travaux en vignettes, unit. Les textes qu’elles choisit d’accompagner sont tenus presque comme s’ils ne voulaient pas être lâchés tant la douceur les retient. Les œuvres de l’artiste leur répondent en sons parfois sourds et selon une intensité profonde qui accapare, déborde.
L’artiste aime les couleurs qui ne jouent pas de l’éclat et, dans son œuvre, le ravissement est fait d’errances. Elles correspondent à ses voyages, ses rencontres et ses lectures. Michèle Riesenmey les fait revivre non pour pallier le manque dans un souci de nostalgie : la prise possède un autre sens. Elle permet aux mots de s’envoler et leur ouvre une autre espérance. Existe un terre-plein du monde : peu à peu, le regard décolle pour s’envoler hors de soi ou pour atteindre une intériorité à laquelle la créatrice donne forme par avancées qui contiennent forcément des abandons. Ils sont les rênes de l’attelage du vivant comme celui de l’image avec les mots.
Entretien :
Qu’est ce qui vous fait vous lever le matin ?
Un chant d’oiseau… ( je dors toujours la fenêtre ouverte)… ou un objectif, une envie à réaliser… une pensée en ouvrant les yeux…
Que sont devenus vos rêves d’enfants ?
Je ne sais plus. Certains ont été réalisés… d’autres ? oubliés… sans doute.
A quoi avez vous renoncé ?
J’ai écrit et j’ai effacé mes éventuels renoncements. Non, je n’ai renoncé à rien. J’ai toujours de l’espoir …sinon pourquoi vivre ?
D’où venez-vous ?
D’un pays que je connais à peine… (région de Berne en Suisse), d’un coin de France, à la campagne, près de Paris… d’une vraie Famille, d’un ventre, d’ailleurs ou d’ici…
Qu’avez vous reçu en dot ?
Oh ! Plein de choses… l’amour des jardins ( de ma grand mère ‘bonne maman’)… des Arts, la curiosité, l’amour… des souvenirs.
Un petit plaisir quotidien ou non ?
Un rouleau de réglisse… ( depuis mon enfance.). Pas quotidien car c’est une véritable drogue pour moi … et toucher la terre.
Qu’est ce qui vous distingue des autres artistes ?
Je pense que nous sommes tous différents. Peut-être cette continuité, cette idée, que je pour suis sur la mémoire, sur la trace …à vrai dire, je ne me suis jamais posé cette question… je fais.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
La bassine de zinc ou l’eau chauffait au soleil pour nous baigner dans le jardin de Bonne Maman, la mer toute plate dans la brume.
Et votre première lecture ?
Dont je me souvienne…? les musiciens de Brême… une collection de petits livres roses …les contes de Perrault ( un livre rouge) Bécassine… la première ? Je ne sais pas.
Pourquoi cette attirance pour le lien : image- écritures ?
Peut-être les rencontres dès ma jeunesse avec des écrivains. Ce rapport avec le papier. La découverte de la poésie…Des cahiers, des carnets toujours avec moi, que je remplis avec des mots, des croquis, des idées, des dessins, des petites phrases, mes mots …des couleurs…Des tas de carnets !… Les mots ont d’abord été sur mes peintures puis le livre est devenu nécessaire, évident…..
Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Soleils nomades » de Jean Pierre Spilmont – un livre et une rencontre qui ont changé ma vie …sa direction.
Quel film vous fait pleurer ?
« L’invité de l’hiver » ( The Winter Guest) de Alan Rickman – mais je pleure facilement… au cinéma.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Je n’aime plus me regarder dans un miroir. J’ai peur du temps qui passe. Je vois des expressions de mon père.et les yeux de ma mère…
A qui n’avez vous jamais osé écrire ?
A Zao Wou Ki… ( que j’avais rencontré pourtant…) et que je rêvais de revoir.
Quelle ville ou quel lieu à pour vous valeur de mythe ?
Venise…..L’ile d’Ouessant.
Quels sont les artistes ou écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Zao Wou Ki, Anselm Kiefer, Jean Luc Parant. Et d’autres…
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
La présence de mes 3 enfants ….de mon frère … de ma famille… de mes amies trop lointaines. Une folie : un livre unique d’ Anselm Kiefer.
Que défendez-vous ?
La liberté… le partage…ma liberté !
Que vous inspire la phrase de Lacan: ‘L’amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ‘?
Je ne vois pas l’amour ainsi. . Si on n’a pas d’amour en soi, cela me semble difficile d’en donner… pas simple !
Que pensez vous de celle de Woody Allen: « La réponse est oui mais qu’elle est la question ? »
Elle m’a toujours fait sourire. Optimiste, Woody ??
Répondre vite sans écouter… Oui cela peut se concevoir par amour … les yeux fermés.
Quelle question ai je oublié de vous poser ?
Il y a tellement de réponses….. Cela ira. Est ce que cela va ? Belle fin de journée.
Présentation entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 28 décembre 2015.
4 réflexions sur « Celle qui dort la fenêtre ouverte : entretien avec l’artiste Michèle Riesenmey »
Très joli article pour une artiste pleine de sensibilité, de talent, de douceur. Cela lui ressemble tellement et nous retrouvons le tout dans ses oeuvres. Bravo.
merci…..sourire
Merci… 1 an après je découvre votre message.. le temps .. le temps…
SOURIRES de fin d’année..
Un atelier dont je me souviens comme hier .
J espère que vous allez bien. . Ma boîte de nuit regarde qqs miroirs et vos affaires ne seront t pas effacées. . I. Wonk. .. …..
La surdensite de poussière d encre et d histoires. .peuvent. plaire à l œil.
Et c est pas vrai. . Mais au loin sont paris beaucoup d amis .
Mésange. Seule. Tu les connais. .