Nathalie Sergeef & Philippe Xavier, Hyver 1709 — “Livre 1″

Quand le blé vaut plus que l’or…

En 1709, le royaume de France est exsangue après sept ans de conflits pour la suc­ces­sion d’Espagne. Louis XIV s’oppose à une large coa­li­tion pour mettre son petit-fils sur le trône à Madrid. L’hiver est ter­rible. La famine, le froid tuent hommes et ani­maux. Le blé manque par­tout et celui-ci vau­dra bien­tôt plus que l’or, que les pierres pré­cieuses.
Un cava­lier est vic­time de l’effondrement d’un arbre sous l’effet du gel. Alors qu’il est à terre un indi­vidu, vêtu d’un froc, l’égorge puis se res­taure. Dis­si­mu­lés der­rière une butte quatre enfants suivent avec envie son repas. Après son départ, ils se pré­ci­pitent sur les restes quand des sol­dats les sur­prennent et les accusent du meurtre du cava­lier et d’anthropophagie. Ils sont pen­dus sur le champ, le bois est pré­cieux pour en faire un bûcher. Arrivé dis­crè­te­ment pen­dant l’effervescence un homme recon­naît le mort. Il arrête le der­nier gar­çon qui clame l’innocence de ses amis pour connaître la direc­tion prise par le moine.
Deux semaines plus tôt, à Ver­sailles, Loys Rohan, le fils d’un lieu­te­nant de Jean Bart, accom­pa­gné d’un mar­chand ami de son père, est reçu par deux ministres. Il vient, en tant qu’intermédiaire, pro­po­ser une impor­tante car­gai­son de blé prise aux adver­saires par un capi­taine sans lettre de course. Le mar­ché conclu, il doit rejoindre Guillaume entre Ver­sailles et Nantes. Ce der­nier a la mis­sive du capi­taine avec le lieu de rendez-vous. Mais le délai est très court pour pré­ve­nir le capi­taine de la vente, sinon il va pro­po­ser sa mar­chan­dise ailleurs. Guillaume est le mort reconnu par Loys. Son che­val et la mis­sive ont dis­paru. Com­mence alors une course contre la montre jalon­née de pièges mor­tels et de mau­vaises rencontres…

Une mini période gla­ciaire a sévi sur l’Europe en cette fin du XVIIe et début du XVIIIe siècle. L’hiver 1709 a, pen­dant deux mois, été par­ti­cu­liè­re­ment froid, les tem­pé­ra­tures attei­gnant des extrêmes, par exemple, — 26 à Paris. L’Édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598, est révo­qué par Louis XIV en 1685, celui-ci n’acceptant que la seule reli­gion catho­lique romaine dans le royaume. Les auto­ri­tés s’emploient à conver­tir les Hugue­nots par les méthodes « douces » habi­tuelles de l’Église romaine. C’est la révolte des Cami­sards, c’est l’exode des Pro­tes­tants par cen­taines de mille.
C’est sur cette toile de fond his­to­rique que Natha­lie Ser­geef ins­talle son récit d’aventures avec pour héros un inter­mé­diaire qui pro­pose l’achat d’une grosse car­gai­son de blé prise à l’ennemi. Mais rien ne se passe comme prévu. Les indi­ca­tions rela­tives au rendez-vous dis­pa­raissent. Le héros fait, alors, de mul­tiples ren­contres repré­sen­ta­tives de la société de l’époque et de son fonc­tion­ne­ment. Outre un récit tendu, la scé­na­riste avec moult rebon­dis­se­ments, offre une belle leçon d’Histoire sur une période dont on fait peu état dans les livres et pro­grammes d’enseignement.

Philippe Xavier s’installe dans une période bien dif­fé­rente de celles où il œuvrait pré­cé­dem­ment. Après le soleil du Moyen-Orient (Croi­sade – Le Lom­bard) et la cha­leur des Caraïbes (Conquis­ta­dor — Glé­nat), il met en images un hiver gla­cial avec gel, froid, vête­ments dis­pa­rates en couches épaisses, chaus­sures de chif­fons… Il res­ti­tue la faim, la glace, la chasse féroce à tout ce qui peut ser­vir de nour­ri­ture pour sur­vivre. Cet album est mis en cou­leurs par Le Maître du genre, à savoir Jean-Jacques Cha­gnaud dont on ne peut qu’admirer le talent à rendre les ambiances, des atmo­sphères.
Ce récit, peu­plé de per­sonnes forts, atta­chants ou détes­tables, aux décors magni­fi­que­ment res­ti­tués, avec une intrigue habi­le­ment menée, donne furieu­se­ment envie de connaitre les péri­pé­ties à venir du pro­chain album.

serge per­raud

Natha­lie Ser­geef & Phi­lippe Xavier (scé­na­rio), Phi­lippe Xavier (des­sin), Jean-Jacques Cha­gnaud (cou­leurs), Hyver 1709, Livre 1, Glé­nat, coll. Gra­fica, 2015, 56 p. – 13,90 €.

 

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