Lydie Calloud, La neutralité du geste

Lydie Calloud, La neutralité du geste

Blonde graphite

Lydie Calloud ne cherche pas à glaner des mirages. Et sa nostalgie – si nostalgie il y a – ne guigne pas vers le passé mais vers le futur. Chaque dessin crée un filet. Il survit à toute déchirure. Sans vaine emphase, l’artiste ne fait pas de ses dessins de simples graffitis. Le graphite est mis à l’épreuve d’un geste dont la « neutralité » est une fausse piste. Dans une mêlée reptilienne de haute couture, l’artiste tricote une déambulation de mystères foisonnants et monochromes.

U
ne nouvelle fois Lydie Calloud brouille les pistes, gomme l’entendement en canevas ou ruissellements. L’imaginaire empiriste crée des synthèses qui sont des autodafés aux lois de Newton et Copernic (Lydie Calloud l’avait déjà prouvé avec ses chaises ailées). Mais limiter ses dessins à cela reviendrait à atténuer la complexité et le feuilleté d’un grillage non seulement plastique mais affectif. L’artiste crée de fait des zones troubles en éliminant les circonvolutions métaphoriques (qui sont toujours un moyen de faire perdre à l’art sa puissance). A l’inverse, l’œuvre reste une déambulation sans réelle boussole en une carte du tendre ou du monde.

Certes, il y a des bords mais le centre est partout. Entre marge et axe, il n’existe pas plus de différence qu’entre imaginaire et réalité. Même si cette dernière n’a plus son « mot » à dire – du moins en apparence. Car Lydie Calloud s’y répand : ses images ne donnent pas d’elle l’impression qu’elle pourrait être un fantôme vague, flou, mal situé. Bien au contraire. L’’artiste est là pour disloquer les carcasses qui enlacent l’angoisse sans pour autant l’effacer par miracle.
Face au gouffre de jardins intérieurs, le dessin rassemble dans ses filets un cheminement instinctif hors limites des ténèbres.

jean-paul gavard-perret

Lydie Caloud, La neutralité du geste, dessins, galerie Jacques Levy, Paris, 18 juillet – 22 aout 2015.

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