Jean-Michel Aubevert, Soleils Vivaces

Jean-Michel Aubevert, Soleils Vivaces

Jean-Michel Aubevert : espèces d’espaces, espaces de l’espèce

Jean-Michel Aubevert ne cesse de modifier la perception de l’environnement dans lequel il intervient en jouant sur les narrations du présent, du passé et leur inscription dans des lieux. Par ce biais, écrit-il, « J’imagine, sans penser à pêcher contre les roses, porter un toast à la mère Renée, Rose avérée, de Rosa née, jadis étoile. Devenue mère fatale ». Il évoque – avec la distance nécessaire – celle par qui tout commença et tout finissait déjà. Comme si les rideaux étaient déjà tirés à tous les étages d‘une façade dont des rouleaux de papier Kraft du poème en prose déroulent une autre histoire pour retirer de la matrice première les agneaux sacrifiés.
Si bien qu’avec le poète peu importe si les Ulysse sont naufragés ou ne sont plus ici : il s’agit encore de se mettre à la hauteur de bien des fleurs en robe légère. Certes, il faut beaucoup de sueurs « pour habiller un nu ; pour mettre des mots sur la peau du corps ». Quant à celui du cœur, le poète feint de n’en souffler mot mais il demeure à la conquête d’un Graal : après s’être nommé mère, il se nomme liberté.

Le texte est poignant, remarquable, fascinant car dégagé de tout pathos. Sa rose reste la « rose de personne » chère à Celan, donc la fleur de tous pour peu qu’on fasse l’effort de suivre le poète-arpenteur aussi sensible qu’intelligent. Son temps devient le nôtre. Filant la métaphore, Aubevert rameute toute une époque depuis celle où « parent pauvre des anges, impur dans l’ombre des prières » il devint le dissident, amant de liberté.

jean-paul gavard-perret

Jean-Michel Aubevert, Soleils Vivaces, Editions Le Coudrier, Mont Saint Guibert (Belgique), 2015,  164 p. –  18,00 €.

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