Veronika Mabardi, Sous le regard des statues de Camille Claudel

Veronika Mabardi, Sous le regard des statues de Camille Claudel

Veronika Mabardi raconte son premier contact, très jeune, avec une statue de Claudel. Une expérience physique qui l’a marquée durablement même si elle n’en faisait pas état. Puis, dans une exposition sur Brancusi, elle remarque une photo de 1907 qui représente un modèle, une femme nue. Ensuite, c’est cette jeune femme qui tend les mains vers on ne sait quoi. Elle la regarde, l’examine, la détaille explorant son corps, sa posture et ce qu’elle sous-entend, ce qu’elle croit comprendre des intentions de la sculptrice.
Elle explique alors combien il est difficile de parler d’une statue sans la figer, sans trahir son mouvement. Décrire sur le papier, ce serait la transformer en deux dimensions or Camille Claudel travaille le geste, la tension, la vie. Et Veronika Mabardi explore l’œuvre, l’existence et la présence vibrante de Camille Claudel.
L’auteure ne raconte pas seulement la sculptrice, elle cherche à s’incruster dans sa personnalité, à évoluer dans son caractère comme on tourne autour d’une sculpture pour en saisir les lignes, les tensions, les élans.

Avec cet essai, Veronika Mabardi veut comprendre le sens de créer, de perpétuer, d’aimer, de se tromper et de recommencer sans cesse. C’est ainsi qu’elle aborde la sculpture qui est pour Claudel un travail qui l’amène à nombre de renoncements, à donner vie à ces corps comme une matière première. Elle raconte l’enfermement de l’artiste dans sa passion dévorante. Mais elle met en lumière la place qu’elle essayé d’occuper, à son époque, dans ce monde presque uniquement masculin.
Outre Camille Claudel, qui occupe la place essentielle, l’essayiste se met également en scène, raconte son rapport à l’art, les difficultés de sa quête. C’est aussi l’entourage proche de Camille, personnifié par son frère, Paul, par Auguste Rodin dont le rôle est parfaitement ambigu. L’a-t-il aimée, l’a-t-il exploitée ?

Veronika Mabardi raconte un parcours. Elle visite les musées, des expositions, étudie les statues, les observe, les dissèque, en cherche l’esprit, l’âme. Elle tisse un lien entre l’œuvre et l’artiste sans faire une réelle biographie. Elle explore la place de celle-ci dans un monde où les femmes ont été ignorées.
C’est ainsi qu’elle aborde de façon originale Camille Claudel en choisissant de parler de sa passion pour la création. Et, en corollaire, de son travail, des difficultés pour exprimer ce qu’elle ressentait, ce qu’elle voulait montrer, exprimer.

Le livre refermé, on n’a plus qu’une envie, se précipiter au musée Camille Claudel à Nogent-Sur-Seine.

Veronika Mabardi, Sous le regard des statues de Camille Claudel, Éditions esperluète, coll. En toutes lettres, mars 2026, 160 p. – 20,00 €.

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