Didier Ayres, Toxico – 1 & 2
lelitteraire.com propose de manière inédite à ses lecteurs ayant apprécié les billets « en marge » de Didier Ayres de découvrir sous forme de feuilleton son oeuvre théâtrale, Toxico.
Toxico
À Djamal Mahdi
I
Dans une salle de shoot.
Les personnages de cette scène sont trois hommes présents ici pour s’administrer un shoot à la méthadone. Je ne connais pas la configuration exacte d’une vraie salle de shoot, mais je suppose que les toxicomanes restent à peu près les mêmes que ceux que l’on connaît ou ceux que l’on voit déambuler comme des âmes en peine dans les rues des villes, petites ou grandes. Donc devant le public il ne faut pas hésiter à montrer ces trois hommes, et peut-être aussi une ou deux femmes, se shooter avec toute la brutalité de cela en quoi cela consiste. Cette première scène est silencieuse. On peut imaginer que ces toxicos, 3, 4 ou 5, s’endorment après la piqûre, se refermant comme des fleurs au crépuscule.
II
Dans une brasserie, quelque chose comme La Source au métro République.
Un homme arrive au comptoir, s’adresse à un autre homme afin que la conversation s’engage. On doit s’apercevoir que chacun des deux espère trouver une dose d’héroïne. Cette rencontre n’a rien de bizarre si l’on sait que les toxicos se ressemblent et se retrouvent toujours grâce à une espèce de sixième sens qui leur permet de constituer une population complice et naturelle. Ils appartiennent tous deux à la même famille de drogués dépendants. Durant deux minutes ils comptent leurs 7 billets de cent qui doivent finir par payer leur dose. Puis vient un petit dealer sans scrupules qui parle aux deux toxicos. Il les emmènera à Belleville pour les approvisionner. Cette scène muette doit être criante de vérité, et tout ce ballet de l’échange est réglé comme une danse, une danse morbide et sadique, une passacaille sombre et amère.