Patrick Guillain, Diagnostic à haut risque

Dans l’envers de la lutte contre une pandémie

Ce roman, d’une actua­lité plus que brû­lante, a été écrit avant le début de la pré­sente pan­dé­mie due aux dif­fé­rentes covid 19.
Il s’appuie sur celle qui a été bap­ti­sée La Fièvre de Can­ton de 2002, qui a tou­ché la Chine et les pays voi­sins, et sur l’épidémie Ebola qui a sévit dans l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2015.

Sur un mar­ché dans le dis­trict de Huiyang, à l’est de Can­ton, un homme s’effondre, la bouche en sang, après une quinte de toux. Une femme meurt quelques minutes plus tard, dans les mêmes condi­tions. La plus grande pan­dé­mie de ce début du mil­lé­naire vient de faire ses pre­mières vic­times.
À Macenta, en Gui­née, Samuel Lave­ran, cher­cheur de l’Institut Pas­teur, com­mence une nou­velle jour­née de lutte contre l’épidémie de fièvre hémor­ra­gique due au virus Ebola. Il a sym­pa­thisé avec Romain, un membre de la Croix-Rouge fran­çaise. Il pense à Maud Bor­det, ren­con­trée quelques mois aupa­ra­vant (voir Le semeur de mort). Elle lui manque.
Celle-ci est à Genève, au siège de l’OMS, pour tra­vailler le mémoire de son Mas­ter d’épidémiologie. Dans les chiffres rela­tifs à la Fièvre de Can­ton elle détecte de fortes ano­ma­lies. Elle obtient de pou­voir aller enquê­ter sur les lieux, en Extrême-Orient.
En 2002, Fran­çoise, qui a ini­tié au sein de l’Institut Pas­teur un groupe d’intervention d’urgence est en route pour Hong Kong.
Romain, consta­tant la mine sou­cieuse de son ami, lui pro­pose de l’accompagner dans le nord de la Gui­née où il doit ins­tal­ler un nou­veau labo­ra­toire.
Quelques jours plus tard, le com­man­dant Gérard Nicolle de la DGSI est informé que Samuel, Romain et leur chauf­feur ont dis­paru. Il est inquiet et part pour la Gui­née. Et Maud, pré­ve­nue, veut abso­lu­ment intervenir…

Patrick Guillain, lorsqu’il n’écrit pas des polars, est micro­bio­lo­giste, spé­cia­liste des mala­dies infec­tieuses. On a déjà pu appré­cier la qua­lité de sa plume avec Le semeur de mort (Métai­lié – 2018). Il donne dans ses intrigues nombre de détails pré­cis, éru­dits sur de nom­breux domaines mais par­ti­cu­liè­re­ment sur tout ce qui touche aux épi­dé­mies, bien que depuis un an et demi, le public ait été informé, plus ou moins bien, sur ces domaines.
Il décrit les orga­nismes qui œuvrent sur ces zones épi­dé­miques, les liens qu’ils tissent, ou qu’ils ne tissent pas, le fonc­tion­ne­ment de cha­cun, les pré­cau­tions prises pour limi­ter la conta­gion, pré­cau­tions main­te­nant bien connues des Fran­çais. Il aborde la concur­rence féroce qui règne dans la recherche. Mais il visite d’autres domaines et apporte des des­crip­tions très inté­res­santes sur le codage des mes­sages, sur le relevé des empreintes…

Avec Maud, un per­son­nage aty­pique, au look peu com­mun pour un méde­cin, avec Samuel dont le volon­ta­riat pour la Gui­née n’est pas inno­cent, avec Gérard Nicolle ce poli­cier qui traque le ter­ro­risme, le roman­cier pro­pose une intrigue aux nom­breuses rami­fi­ca­tions, au sus­pense tendu. Il fait des liens avec un passé lourd où tous les moyens sont bons pour satis­faire des sen­ti­ments peu huma­nistes, pour faire de l’argent puisque celui-ci, selon l’adage popu­laire, n’a pas d’odeur. Il tisse des fils adroits entre des évé­ne­ments de dif­fé­rentes périodes et donne des élé­ments très astu­cieux pour ame­ner les enquê­teurs à un dénoue­ment peu banal.

Il note ainsi que, comme à son habi­tude, pour la Fièvre de Can­ton, la Chine nie tout inci­dent et refuse la pré­sence d’observateurs exté­rieurs. L’auteur avait, dans son pré­cé­dent roman, porté un juge­ment peu flat­teur sur les som­mi­tés médi­cales. Il réitère ici, son pro­pos com­pa­rant des pontes à des dino­saures, des esprits étri­qués ayant atteint le sum­mum de l’étroitesse d’esprit.
Ce n’est pas ras­su­rant car ces gugusses siègent à n’en pas dou­ter dans les ins­tances de l’OMS.

Avec Diag­nos­tic à haut risque, Patrick Guillain, offre un magni­fique roman sur un sujet dif­fi­cile avec une capa­cité à conce­voir de for­mi­dables intrigues.

serge per­raud

Patrick Guillain, Diag­nos­tic à haut risque, Édi­tions de l’aube, coll. “L’aube Noire — Polar”, mai 2021, 376 p. – 19,90 €.

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Filed under Chapeau bas, Pôle noir / Thriller

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