Collectif, Cahier Cioran

Pour com­mé­mo­rer le ving­tième anni­ver­saire de la dis­pa­ri­tion de Cioran

Pour com­mé­mo­rer le ving­tième anni­ver­saire de la dis­pa­ri­tion de Cio­ran, les Edi­tions de L’Herne ont réim­primé l’excellent Cahier (ini­tia­le­ment publié en 2009), dirigé par Lau­rence Tâcu et Vincent Pied­noir. Parmi les paru­tions récentes de cette col­lec­tion, c’est l’une des meilleures, pré­fé­rable de loin aux Cahiers consa­crés à Mar­gue­rite Duras et à Patrick Modiano. L’un de ses grands avan­tages, c’est l’absence quasi totale de jar­gon aca­dé­mique dans les articles choi­sis – je le pré­cise à l’intention des ama­teurs de Cio­ran qui se gar­de­raient de tou­cher à cet ouvrage par crainte d’y trou­ver un monu­ment de pédan­te­rie incom­pa­tible avec l’esprit du pen­seur.
Para­doxa­le­ment, un autre atout du Cahier pro­vient du choix d’y inclure un cer­tain nombre d’attaques féroces ou per­fides à l’adresse de l’écrivain, dont celles dues à Lucian Blaga et à Michel Onfray. Par contraste avec le niveau d’ensemble des articles d’admirateurs de Cio­ran, l’indigence intel­lec­tuelle et l’aspect ten­dan­cieux de ces attaques res­sortent d’une manière qui les réfute mieux qu’aucun com­men­taire ne sau­rait le faire. Le volume contient aussi, comme il se doit, des docu­ments et des textes inédits de l’écrivain, dont l’intérêt est inégal, mais qui ne com­portent rien de super­flu. L’étude de Ste­lian Tanase :  “Emil Cio­ran sur­veillé par la Secu­ri­tate“ et le dos­sier affé­rent nous appa­raissent comme essen­tiels pour com­prendre la situa­tion de l’écrivain et de ses proches res­tés en Rou­ma­nie durant la période com­mu­niste. Quant à l’éternelle dis­cus­sion sur l’appartenance natio­nale de Cio­ran, qui se pro­longe à tra­vers cet ouvrage aussi (la plu­part des contri­bu­teurs rou­mains ayant ten­dance à vou­loir s’accaparer l’écrivain qui a si bien expli­qué “l’inexistence“ de leur pays), on trouve le plus convain­cant, une fois de plus, Cio­ran lui-même, lorsqu’il affirme que le pays d’un écri­vain, c’est sa langue – en l’occurrence, le fran­çais, dont nul essayiste du XXème siècle n’a employé les res­sources avec autant de génie.

A ce pro­pos, les quatre ouvrages de petit for­mat qui viennent se joindre au Cahier per­mettent au lec­teur de par­cou­rir les étapes du déve­lop­pe­ment de l’esprit de Cio­ran entre sa période “alle­mande“ et pro­na­zie des années 1930 (Apo­lo­gie de la bar­ba­rie), son der­nier livre rou­main, retra­vaillé par l’auteur avant sa pre­mière paru­tion fran­çaise (Des larmes et des saints) et l’étape où l’écrivain est en passe de choi­sir la France. Le plus inté­res­sant de ces ouvrages, c’est pré­ci­sé­ment De la France, où se révèle — avant de se concré­ti­ser avec le chan­ge­ment de langue – pré­ci­sé­ment ce que l’auteur allait deve­nir au cours des années sui­vantes : le génie natio­nal qu’il décrit là, c’est essen­tiel­le­ment un auto­por­trait de Cio­ran, pen­seur fran­çais. Quant à Valéry face à ses idoles, ce petit recueil de trois essais n’apporte rien à la gloire de l’écrivain, s’agissant de pièces mineures. Reli­sez plu­tôt, pour l’honorer, les som­mets de son œuvre dans le volume de La Pléiade.

agathe de lastyns

– Col­lec­tif, Cahier Cio­ran, L’Herne, mai 2015 (réim­pres­sion du Cahier de 2009), 542 p. – 39,00 €.

Cio­ran,
– De la France, L’Herne, mai 2015, 94 p. – 9,50 €,
– Des larmes et des saints, L’Herne, mai 2015, 128 p. – 9,50 €,
– Valéry face à ses idoles, L’Herne, mai 2015, 79 p. – 9,50 €,
– Apo­lo­gie de la bar­ba­rie, L’Herne, mai 2015, 280 p.  – 15, 00 €.

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