Max Schiavon, Le général Salan, défenseur de l’Empire

Salan, entre fidé­lité et rébellion

La figure du géné­ral Salan res­tera à jamais asso­ciée à l’un des épi­sodes les plus mar­quants de l’histoire de l’armée fran­çaise : la ten­ta­tive de putsch d’avril 1961 contre de Gaulle. C’est un fait incon­tes­table mais en même temps, sa par­ti­ci­pa­tion à cette opé­ra­tion cache le reste de sa car­rière. Or, celle-ci met très bien en lumière les rai­sons de cet enga­ge­ment en faveur de l’Algérie fran­çaise. Le grand mérite de la bio­gra­phie, ori­gi­nale, claire et riche, de Max Schia­von réside pré­ci­sé­ment dans l’analyse du par­cours de Raoul Salan. Le sous-titre choisi – défen­seur de l’Empire – le résume à lui tout seul.
Le géné­ral Salan, après sa par­ti­ci­pa­tion à la Grande Guerre qui l’a pro­fon­dé­ment mar­qué, fait toute sa car­rière dans la colo­niale, au Levant, en Indo­chine. Même quand il est muté en métro­pole, il tra­vaille au sein des ser­vices du minis­tère des Colo­nies. Puis arrive la guerre, la défaite de 1940. Comme tant d’autres offi­ciers, il refuse de déso­béir au maré­chal Pétain, sert Vichy tout en pré­pa­rant sans relâche la revanche contre les Alle­mands. Enfin, il com­bat en Indo­chine contre le Vietminh.

Jamais vrai­ment gaul­liste, il se fait for­cer la main en mai 1958, croit de Gaulle quand l’homme du 18 juin affirme vou­loir gar­der l’Algérie et n’est d’ailleurs pas très appré­cié par les par­ti­sans de l’Algérie fran­çaise quand il prend le com­man­de­ment de l’armée dans la pro­vince insur­gée. Salan, comme tant d’autres, n’avalera jamais la cou­leuvre du lâchage de l’Algérie. Et loin des cari­ca­tures habi­tuelles, Max Schia­von explique très bien les res­sorts qui le poussent, après sa mise à la retraite, à bra­ver de Gaulle et à s’embarquer dans cette mal­heu­reuse affaire du putsch. On ne bra­dera pas ce qu’il reste d’empire, de gran­deur de la France, de sa puis­sance, et on ne man­quera pas à la parole don­née aux pieds-noirs. mais déjà de Gaulle regarde au-delà, vers la puis­sance nucléaire qui n’a que faire du colo­nia­lisme d’antan.
A l’aide d’archives pri­vées inédites, l’auteur met aussi bien relief le rôle de l’épouse de Salan qui, à l’instar d’autres femmes d’officiers, joue un rôle dis­cret mais influent sur le posi­tion­ne­ment de leur impé­tueux mari.

La guerre d’Algérie fut un drame aussi pour l’armée fran­çaise et ses sol­dats. Le livre le démontre avec clarté et sans mora­lisme. Son seul défaut réside dans sa forme : écrit en petits carac­tères et sur des pages colo­rées, sa lec­ture n’en est pas simple. Cela dit, cette syn­thèse se lit avec plaisir.

fre­de­ric le moal

Max Schia­von, Le géné­ral Salan, défen­seur de l’Empire, ETAI, décembre 2014, 190 p. — 42,00 €.

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