Florent Bussy, Le totalitarisme. Histoire et philosophie d’un phénomène politique extrême

Florent Bussy, Le totalitarisme. Histoire et philosophie d’un phénomène politique extrême

Un livre dense sur un phénomène complexe

Quoi de plus complexe en effet que le totalitarisme ? Le philosophe Florent Bussy apporte une multitude de réponses à qui s’interroge sur le phénomène totalitaire. S’il fallait résumer le cœur de son analyse, on reprendrait l’expression du totalitarisme vu comme « un fantasme de l’unité ». Selon Bussy, ces régimes totalitaires chercheraient à recréer l’unité des sociétés divisées par la modernité politique et économique (libéralisme, industrialisation, démocratie, etc.) Très stimulante, cette thèse s’appuie sur une riche documentation d’où émergent les analyses d’Hannah Arendt. Cette volonté unificatrice expliquerait entre autres la violence des totalitarismes obnubilés par la volonté d’éradiquer toute forme de différence et de division.
Ces systèmes rejettent la Loi, celle qui fixe des limites à l’action des gouvernements et des hommes, ouvrant ainsi la voie à une déshumanisation totale chez ceux qui les servent et de leurs victimes. Ils deviennent eux-mêmes une forme de salut terrestre, un messianisme matérialiste dévastateur car utopique.

Il est difficile, dans un ouvrage aussi dense et long, et sur un tel sujet, d’être d’accord sur tous les points. Qu’il nous soit donc permis de regretter que l’auteur mette de côté toute la réflexion antitotalitaire nourrie par l’Eglise catholique, directement confrontée à la violence du phénomène. De plus, si Florent Bussy s’interroge sur les racines révolutionnaires françaises du totalitarisme, il cherche visiblement un équilibre, alors même que plusieurs de ses analyses prouvent la matrice totalitaire de la révolution. Celle de de 1789, et pas seulement de 1793. Pourquoi ? Parce que dès le début, le mouvement veut faire table rase du passé et surtout absorber la totalité de la société, refuser tout pouvoir séparé (comme la constitution civile du clergé de 1790 l’illustre). Enfin, l’influence des thèses d’Arendt le conduit selon moi à réduire la nature totalitaire du fascisme italien.

Ces quelques réserves faites, il faut insister sur la solidité de ce travail impressionnant. La formation de philosophe de l’auteur ne doit pas effrayer les lecteurs : le texte reste très accessible. Sur le fond, sa démarche est comparative : il pointe les proximités entre les régimes totalitaires, au-delà des différences indéniables, dont la principale demeure la totalité du projet. Cette volonté d’embrasser l’ensemble de la société et de contrôler l’individu explique la violence des régimes : « la totalité s’incarne dans la guerre sociale et la guerre d’expansion pour lesquelles l’autre est soumis au même. »
Une réalité effrayante.

 frederic le moal

 Florent Bussy, Le totalitarisme. Histoire et philosophie d’un phénomène politique extrême, Cerf, octobre 2014, 425 p. – 30,00 €.

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