Rodolphe & Griffo, Chagrin

Rodolphe & Griffo, Chagrin

Dans le Paris des années 1830, Raphaël, marquis de Valentin, décide de donner Chagrin comme titre à l’autobiographie qu’il doit produire pour 200 francs. Il n’a guère le choix étant donné son état de pauvreté. Sa famille a été dépossédée de ses biens et il doit subsister par ses propres moyens. Il s’adonne à l’écriture. Il vit médiocrement rêvant d’une vie de luxe et de plaisirs.
La rencontre avec Eugène de Rastignac lui ouvre les portes d’un monde qu’il veut rejoindre en lui présentant la comtesse Foedora, la femme la plus à la mode de tout Paris et aussi la plus belle. Il s’amourache d’elle, mais sans fortune, il est vite déçu.
Il fait un triste constat, se voyant comme un raté, un écrivain médiocre sans talent, sans fortune. Il pense sérieusement à en finir. Alors qu’il passe près de la boutique d’un antiquaire, celui-ci lui propose de regarder ses trésors. Raphaël, qui a froid, entre dans les lieux chauffés. Parmi les tableaux, il remarque une peau encadrée. L’antiquaire explique que cette peau est un objet magique qui exauce tous les vœux. Mais elle rétrécit quand elle est sollicitée. L’homme n’en a pas besoin, ayant ce qu’il lui faut pour être heureux. Il l’offre à Raphaël…

Rodolphe adapte librement le roman d’Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, livre paru en 1831. Le thème s’inscrit dans la veine littéraire gothique, née dans le siècle et initiée par Ann Radcliffe avec Les Mystères d’Udolphe. Nombre d’auteurs vont s’intégrer dans ce courant comme Edgar Alan Poe, Théophile Gauthier… Mais, c’est en Allemagne que le genre va s’ancrer avec deux textes de Johann Wolfgang Von Goethe et le Mythe de Faust. C’est le docteur Johann Georg Faust lui-même qui va donner naissance à cette légende quand, devant ses succès professionnels et personnels, on le soupçonnera d’avoir passé un pacte avec le diable.
Dans La Peau de Chagrin, comme dans Chagrin, le diable n’apparaît pas, mais la puissance magique vient de Dieu qui exauce tous les vœux mais qui diminue jusqu’à disparaître avec son possesseur.
À travers ce récit, les auteurs montrent un individu à la recherche de la fortune et des plaisirs qu’elle peut permettre, les fêtes, le luxe, les femmes qui succombent éblouies par cette richesse. Ils montrent également la vacuité d’une telle existence et, en fait, la lassitude qui se manifeste. On peut voir aussi ici une métaphore et une mini biographie de Balzac lui-même. Il a toujours couru après l’argent avec l’écriture comme outil. N’était-il pas amoureux de la comtesse Hanska, cette femme qu’il poursuivra pendant dix-huit ans avant de l’épouser ?

Griffo, avec son art de la ligne efficace, du trait qui fait mouche, met en images, cette adaptation de belle manière. Il installe dans un joli cadre, une belle reconstitution du Paris de l’époque, une galerie de personnages à la gestuelle opérante et à l’expressivité bien ajustée aux circonstances.
Cette libre adaptation est une jolie réussite, revenant sur l’essentiel de l’intrigue initiale, servie par une mise en images du plus bel effet.

Rodolphe (scénario à partir du roman d’Honoré de Balzac) & Griffo (dessin et couleurs), Chagrin, Glénat, coll. Hors Collection, mars 2026, 136 p. – 24,00 €.

Laisser un commentaire