Xavier Dorison & Ralph Meyer, Undertaker – t.08: « Le Monde selon Oz »
Une lutte salutaire contre l’intégrisme
Ce second volet du diptyque, commencé avec Mister Prairie, installe un climat de violences initié par une religieuse intégriste.
Tout commence quand Jonas Crow reçoit une lettre signée R. Prairie lui demandant de venir à Eaden City, au Texas. Il imagine qu’elle vient de Rose, la femme dont il est amoureux. Or, il s’agit de Randolph, un médecin …marié à Rose ! Celui-ci a sollicité Jonas pour deux enterrements, celui d’un prêtre mort étrangement et un bébé porté par Eleanor Winthorp qui veut avorter. C’est Randolph qui se charge de l’opération.
L’arrivée de Sister Oz, à la tête d’une ligue voulant éradiquer le vice, enflamme la ville. Elle ne veut pas d’un avortement et menace de mort le médecin. Elle a déjà assassiné le prêtre, le shérif. Pour défendre l’époux de Rose, Jonas ne peut que s’opposer à elle, que répondre coup par coup face à la bande de fanatiques qu’elle a recrutés. Il est décidé à défendre la liberté et la tolérance pour ne que triomphe pas la vision d’un monde selon Oz…
Avec cet album, les auteurs donnent la fin d’un diptyque sombre, en lien direct avec des situations cruelles qui se reproduisent sans cesse. Ils illustrent ce combat perpétuel pour la liberté des individus, la liberté des femmes d’assumer leur vie. On retrouve cet acharnement contre l’avortement même si celui-ci est motivé par des actes barbares de la part d’individus ignobles.
Xavier Dorison met en scène une passionaria dont le visage d’ange cache une détermination incompréhensible sauf à fouiller dans son passé. Cette religieuse intégriste met en avant, pour justifier ses actes, des arguments qui n’ont rien de divins, ayant été formulés par des hommes. C’est l’usage des livres saints où chacun peut trouver, en tordant un peu, les éléments justifiant ses attitudes. C’est cet acharnement à imposer aux autres des conceptions, des raisonnements conçus, pensés, par des hommes pour s’assurer un certain pouvoir.
Outre sa virtuosité à proposer des dialogues particulièrement incisifs, il se livre à un argumentaire de haute volée, reprenant ce qui est énoncé dans la Bible et appliqué au quotidien. C’est truculent au possible, allant au-delà des citations picaresques de Jonas comme : « Si tu veux jouer au con, tu trouveras toujours pire que toi… » rapportée dans l’Épitre de Saint Jonas aux Imprudents. Parole prononcée par Dieu au Zélote, dit-il.
Mais cet album est aussi une suite d’actions, de renversements de situations menés avec une belle maîtrise. L’intrigue solide installe une suite de réflexions quant à la réalité d’événements contemporains.
Ralph Meyer et Caroline Delabie créent la partie graphique. Le premier assure le dessin et participe également à la mise en couleurs réalisée par Mme Delabie. Les vignettes sont somptueuses tant pour la richesse du dessin que le choix de teintes qui assurent une atmosphère prégnante. La tension est à son comble.
Si des auteurs gâtent leurs lecteurs avec des séries particulièrement attractives, réussies, d’une grande qualité, tant littéraire que dans leur illustration, il faut reconnaître que cette série se place au pinacle. C’est une merveille à découvrir.
serge perraud
Xavier Dorison (scénario), Ralph Meyer (dessin et couleurs) & Caroline Delabie (couleurs), Undertaker – t.08 : Le Monde selon Oz, Dargaud, septembre 2025, 64 p. – 17,95 €.