Caroline De Mulder, La pouponnière d’Himmler
La fin d’une aberration…
Le régime nazi, pour fonder son Reich de mille ans, voulait une race supérieure, une race pure, la race aryenne. Dès 1935, Himmler est chargé de faire faire des enfants parfaits selon des critères définis. C’est le Lebensborn – Fontaine de vie. C’est dans cet aspect du nazisme que Caroline De Mulder propose son nouveau roman.
Le livre débute avec Renée. Elle est en Allemagne, dans un domaine avec des femmes enceintes, des jeunes mères, et participe à des tâches ménagères. Elle est tondue mais ses cheveux repoussent roux. En allant vider les épluchures, elle voit un homme squelettique ingurgiter des déchets crus. Il se jette sur elle pour prendre le biscuit qu’elle grignote. Choquée, elle retourne vite dans sa chambre et écrit à Artur Feuerbach. Elle est dans le Heim Hochland, à Steinhöring, et elle date sa lettre du 2 septembre 1944.
Helga est infirmière et porte le titre de Schwester – Sœur. Elle tient un journal et note que le lendemain, le Namensgebung – La Cérémonie du nom – sera présidée par le Reichsführer Himmler. Elle s’extasie.
Marek vient de Dachau pour entretenir et étendre le domaine. Pour l’heure, il bêche mais est terrorisé. Pourquoi avoir approché cette fille pour lui arracher la nourriture. . Si elle se plaint, c’est le retour à Dachau, la mort.
Renée, Helga, Marek, ces trois personnages principaux, dont les destins se croisent, occupent l’essentiel du récit. Ils vont raconter les neuf derniers mois d’existence de cet établissement. Il s’agit du premier installé en 1935, au cœur de la Bavière, la première usine à fabriquer des bébés parfaits pour répondre à la politique nataliste et eugéniste du régime nazi.
Renée est une gamine française qui s’est éprise d’un jeune SS en Normandie. Enceinte, il lui donne l’adresse du Lebensborn installé en France. Elle est emmenée en Bavière pour fuir l’arrivée des Alliés. Elle est sans nouvelles d’Artur.
Helga, une soignante du Secours populaire national-socialiste, est une nazie convaincue qui exécute ses missions avec célérité.
Marek est un résistant polonais, déporté d’abord à Dachau avant d’être affecté à cette pouponnière pour l’entretenir et l’étendre.
C’est l’existence de ces trois personnes, de trois solitudes, que raconte le livre dans cette période où l’Allemagne nazie sombre, mais où, malgré tout, les responsables continuent de croire à une victoire.
La romancière décrit les circonstances qui ont amené les protagonistes dans cette situation et la façon dont ils ont vécu jusqu’alors. C’est le procès de Renée par les résistants de vingt-cinquième heure, l’évolution d’Helga et sa prise de conscience, la survie de Marek. Elle raconte la faim, la soif, les coups, la volonté de durer dans ces conditions terrifiantes, oubliant tout pour se concentrer sur le moment et surnager.
Les détails fourmillent, que ce soit le fonctionnement du Heim, le quotidien de ces femmes, de ces déportés, de ces infirmières. Nombre d’indications éclairent la politique nazie avec Le Passeport des ancêtres pour justifier l’appartenance au peuple allemand depuis quatre générations au moins, la vaisselle siglée aux armes Rothschild, la nourriture abondante alors que les populations soufrent de la faim. Ce sont ces enfants éliminés car ils ne rentrent pas dans le cadre, ceux enlevés dans les territoires parce qu’ils concordent pour faire de futurs seigneurs de guerre.
Caroline de Mulder livre un récit puissant, extrêmement documenté, n’occultant pas les réalités, mêmes les plus sordides, jusqu’à un final bouleversant. À lire car ce récit est d’une effroyable actualité.
serge perraud
Caroline De Mulder, La pouponnière d’Himmler, Folio n° 7 559, coll. Romans et récits, septembre 2025, 320 p. – 9,00 €.