Patrick Weber & Nicoby, Sang de Sein

Patrick Weber & Nicoby, Sang de Sein

Après Ouessantines et Belle-Île en père (Glénat), les auteurs proposent une nouvelle intrigue sur une autre de ces îles bretonnes devenues célèbres pour leur poésie sauvage et brutale. Elles contiennent des éléments qui installent une tension propice à des histoires fâcheuses.

Le récit débute dans le phare mythique Ar-Men, pendant l’Entre-Deux guerres. Deux gardiens recherchent leur compagnon qui a disparu suite à une dispute. Ils décident de présenter cette disparition comme un accident.
Le très médiatique écrivain, Brieg Mahé, reçoit, devant une foule conquise, une nouvelle récompense couronnant son livre. Il révèle, en réponse à une question, qu’il veut rédiger le roman policier ultime, souhaitant dépasser les plus grands auteurs, même Agatha Christie. Antoinette Sanchez, la directrice de cabinet du ministre de la Culture, lui obtient l’autorisation de séjourner à Ar-Men, le huis clos idéal pour son intrigue. Pour stimuler sa créativité, Mahé invite cinq personnalités à le rejoindre pour les faire vivre dans les conditions du roman. Mais il n’imagine pas que la réalité va dépasser le fiction…

Se servir d’un phare comme cadre d’un huis clos a déjà été utilisé. Mais le scénariste apporte des éléments passionnants qui donnent un nouvel éclairage (pour un phare, c’est le moins !). Il place son intrigue dans le milieu littéraire, le brocardant joyeusement au passage, avec une galerie de personnages particulièrement gratinés. Il mobilise ainsi, autour de cet écrivain à l’ego surdimensionné, un auteur aigri, une cinéaste, un historien, et un commissaire de police en retraite. Un ancien gardien de phare complète le groupe.
Tout ce petit monde cohabite dans un espace exigu sans le confort auquel il est habitué. Et très vite les échanges musclés, les remarques railleuses, voire assassines, tendent l’ambiance. Les coups de théâtre se multiplient jusqu’à un final bien amené.

Le graphisme se partage entre Nicoby pour le dessin et Kness pour la mise en couleurs. Le premier propose une belle série de décors, usant de toutes les possibilités offertes par la mise en images. S’il synthétise ses personnages, les brossant en quelques traits vifs, il sait les rendre reconnaissables facilement. La mise en couleurs de Kness privilégie les à-plats et les teintes assez classiques pour faire ressentir l’atmosphère des lieux.

Si le personnage principal imaginé par Patrick Weber veut écrire le roman policier ultime, le scénariste n’affiche pas cette ambition, mais il propose une intrigue fort intéressante menée à son terme avec talent.

Patrick Weber (scénario), Nicoby (dessin) & Kness (couleurs), Sang de Sein, Vents d’Ouest, coll. Poche, juin 2025, 136 p. – 10,00 €.

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