Paul Doherty, La Passion du crime
La vengeance est un plat qui…
La cité d’Avranches, en Normandie, est saccagée en 1358 par la compagnie franche Via Crucis (Chemin de Croix). Pendant que Sir Edmund Lacey sauve deux enfants de l’église en feu, Lord Olivier Ingham, en tant que chef de guerre, continue à pousser ses soudards à tuer, violer, incendier…
En 1382, Lord Kyne qui vit richement dans son domaine des pillages réalisés avec la Via Crucis, est décapité par le chef d’une troupe qui a investi son château. Robert Burdon, le gardien du pont de Londres, se voit confier, par un inconnu, la tête de Kyne, pour qu’elle soit exposée sur les piques avec d’autres.
Sir John Cranston, le Grand Coroner de Londres, est chargé de cette affaire parvenue jusqu’à Westminster et aux Communes. En effet, cet inconnu a continué d’apporter des têtes à exposer, celles de seigneurs.
Cranston a besoin de frère Athelstan pour l’assister. Mais lorsqu’il retrouve le prêtre, le meurtre d’un collecteur d’impôts va mobiliser leur attention…
Les fidèles lecteurs des intrigues de Paul Doherty connaissent cette série dont le romancier propose ici le 23e volet. Il s’agit d’un duo composé d’un curé dominicain et d’une sommité londonienne en la personne du Grand Coroner. Le premier est un ancien soldat qui a combattu en France mais qui, avec la mort de son frère et la mort de chagrin de ses parents, s’est converti. Il exerce dans une petite paroisse au sein de groupes de fidèles assez particuliers, plus proches des truands.
Les deux hommes se retrouvent à devoir enquêter sur une affaire qui plante ses racines dans un passé terrible. Edouard III et le Prince Noir, son fils, ont anéanti les forces françaises à Crécy, Poitiers… Des cités ont alors été à la merci d’attaques de compagnies franches menées par des seigneurs anglais. La Normandie, en ce temps plus vaste qu’aujourd’hui, a été le théâtre des ces ravages dont l’unique objectif était de s’approprier le plus de butin possible. C’est ainsi que se distingue Via Crucis.
On retrouve les dirigeants de l’époque et le fameux Jean de Gand, l’oncle de Richard II. Paul Doherty qui s’appuie sur des situations authentiques avec des intervenants historiques, donne un récit dense, complet, faisant état de moult détails sur le cadre, les décors et le quotidien des populations, des plus pauvres aux plus aisées.
Il réussit à faire une alliance savoureuse de fiction et d’authenticité, un roman policier historique d’une belle puissance en décrivant une forte page d’histoire. C’est ainsi qu’il évoque des événements qui allaient donner lieu à une crise majeure dans l’histoire de l’Angleterre… La Guerre des Roses.
Un livre remarquable où, sous couvert d’une intrigue magnifiquement instruite, Paul Doherty fait œuvre d’historien.
serge perraud
Paul Doherty, La Passion du crime (Murder’s Snare), traduit de l’anglais par Elisabeth Kern, Éditions 10/18 n° 6 031, coll. Polar, juin 2025, 360 p. – 9,20 €.