Sara Balbi Di Bernardo, Les fenêtres suivi de Quoi
Entre d’eux
Pour parler de son intimité, Sara Balbi Di Bernardo explore ce qui (lui) arrive : «A la fenêtre / je me tourne vers un autre soleil entre mes côtes / bat le cœur d’une autre / qui écoute battre mon cœur et se tourne vers mon soleil». Cette fenêtre ouvre sur l’autre à travers elle-même et selon une double perspective là où l’« autre soleil » qui symbolise et illustre ce qui se passe entre deux «moi » : celle qui écrit et de celle qui est évoquée .
Parfois, son « autre » mange la douceur « dans la réserve des anges » entre la pénombre et la chaleur. Tout reste sensuel par le regard de l’auteure face à l’aimée. Attentive, elle calcule « l’aire de son omoplate, le volume de son silence / avant de se perdre dans ses cheveux ».
Plongée là, des nuages traversent les yeux de Sara Balbi Di Bernardo pour voir « à l’intérieur de l’extérieur ». Ici, l’adresse à l’aimée fait retour sur l’auteure elle-même comme si la vision devenait réversible en traversant la frontière des sens. Ainsi va l’amour écrit avec pudeur et subtilité. L’une laisse sonner le téléphone, l’autre repousse dans le scandale des fleurs pour frôler et éprouver celle qui reste pour elle la plus chère.
La poétesse sait écarter un « je » trop narcissique pour évoquer l’écart ou la séparation des deux femmes. Mais se dessine leur intimiste périphérie. Et dès lors, à travers la vitre, leur double destin se tisse. La lumière traversée par l’écriture montre deux corps qui se répondent L’une dort, l’autre pas Mais tout avance pour transformer l’impossible en articulé. Dès que la main de l’une prend la main de l’autre, voici l’ouverture entre plein et délié. Quelque chose arrive.
jean-paul gavard-perret
Sara Balbi Di Bernardo, Les fenêtres suivi de Quoi, éditions de Corlevour, 2026, 128 p. – 19,00€.