Emmanuelle Le Cam, La définitive ouverture des veines

Emmanuelle Le Cam, La définitive ouverture des veines

Aux portes de la nuit, certaines cordes (ou lames) ne pardonnent pas. Elles font le travail à notre place même s’il est vrai quelques tierces personnes (amour en fuite) œuvrent pour arriver jusque là. Emmanuelle Le Cam propose en conscience d’atteindre cette fin. C’est comme un bilan, un testament ou la corde à sauter dans le vide mais aussi un Opinel bien affuté qui tiennent ce qui reste (à savoir rien) de l’amour sans même un os à ronger.

Cette poésie est ici – et c’est le cas de le dire – tranchante, dure mais paradoxalement vivante car Emmanuelle Le Cam conserve de belles exigences. D’abord, décrit-elle, « j’appris le silex et le feu au cœur, un vaste sentiment d’ennui et le sang bien tari au bas-ventre les tambours sonnaient fort sur peau douloureuse. » Mais au fil du temps, « je réunis les derniers beaux esprits ; leur confiai ma besace pleine de poèmes, de cauchemars, et de pluie » .

Il y a parmi de telles présences des Christs portatifs – mais ils ne sauvent de rien. Ce sont des agents étrangers venus pour rétablir un semblant d’équilibre. Le nombre des victimes est plus grande que les entrepreneurs là où ce type d’échanges, quoique fluides, sont forcés.
C’est pourquoi dans ce livre l’insolente mouvance de la nuit suit son cours mais ne peut être atteinte qu’au prix d’efforts immenses. Néanmoins, en une telle vacation peu farcesque, l’auteure structure une joie planifiée comme le mouvement des planètes accordé à celui qui aima ses hanches. Mais cela fatigue : d’où cette tranche de vie qui complète celles de Baudelaire et de Pavese.

Reste pour elle en un « Cantos » voire une cantate ultime d’illusionniste, le moyen de découvrir « ce lieu mien qui est parole et retour je l’aime tant que cela fait mal. nerfs tendus ». Et c’est : appeler un chat un chat entre moments fantasmés et derniers.

Emmanuelle Le Cam, La définitive ouverture des veines, Editions sans escale, 2025, 92 p. – 15,00

Laisser un commentaire