Christine Pedotti et Vincent Villeminot, La longue patience du sanglier
Un bon polar à la française réunissant toutes les ficelles du genre
Voilà ce qui s’appelle un bon polar à la française réunissant toutes les ficelles du genre : suspense, intrigue bien ficelée, personnages mystérieux, meurtres sur fond d’histoire et une scène de crime perdue au fin fond des Ardennes. Une multitude de suspects, des meurtres en série, des secrets bien gardés… Bref, un peu à l’image des Rivières pourpres par exemple.
Mais dans La longue patience du sanglier, l’Histoire avec un grand H occupe une place prépondérante tout au long du roman et se pose même comme l’un des personnages principaux, entre honneurs rendus aux Poilus de la première guerre et souvenirs de résistants de la seconde.
Gaudricourt, petit village des Ardennes, de nos jours. Dans un champ, une fosse est mise à jour renfermant six corps de Poilus français et allemands. Une inhumation commune inhabituelle qui rappelle les épisodes de fraternisation entre les soldats aux premières heures de la grande guerre. Une découverte a priori extraordinaire si un élément ne venait remettre en cause cette thèse : l’un des corps est en réalité celui d’une femme, enceinte et enterrée bien plus tard, quelques années avant le viol puis le meurtre d’une jeune femme dans le même village. Coïncidence étrange ou serial killer ? Crime camouflé ou rituel satanique ?
D’autant qu’en pleine nuit, quelqu’un vient reboucher la fosse, comme pour laisser en paix ceux qui y demeurent depuis tant d’années. Une histoire pour Steven Baltimore, héros du romancier à succès Gérault Darcheville, en panne d’inspiration. Mais nombre d’habitants du village ou de personnages liés à cette découverte ne l’entendent pas de cette oreille : Eric Chevalier, maire de Gaudricourt et propriétaire du champ où se trouve la fosse, Aurore Simonetti, fille du village, et sa sœur, Claire, historienne parisienne, Pierre Huillet, résistant de la première heure… L’heure est venue de réveiller les fantômes du passé, mais certains le paieront de leur vie.
Christine Pedotti et Vincent Villeminot, écrivains et journalistes, forment le nouveau duo du polar français. Avec La longue patience du sanglier, ils signent leur première œuvre commune. Un roman policier bien mené, bien rythmé, sombre quand il le faut, qui emmène le lecteur dans la glauille ardennaise, jusqu’à en sentir l’odeur de la boue et la froideur de la pluie qui tombe. Et le héros étant lui-même écrivain, on retrouve à travers son personnage les mêmes raisonnements et chemins qu’ont dû employer les deux auteurs pour construire leur intrigue.
Gérault Darcheville et Claire Simonetti sont en quelque sorte un peu comme leurs auteurs : ils cherchent, ils fouillent, ils émettent des hypothèses, ils déduisent et suivent le chemin qu’ils pensent être le bon, quitte à faire demi-tour en cours de route pour retrouver la bonne voie. Les rapports entre les personnages ainsi que leurs secrets permettent également de ne pas perdre le fil de l’histoire qui, parfois, prend des chemins de traverse, qui aurait pu être évités.
Certes, cela confère au roman un rythme jamais ralenti mais les (trop) nombreuses pistes, les fausses-pistes et les retournements de situation amènent à des confusions qui desservent l’histoire principale plus qu’autre chose. Le polar aurait peut-être gagné en suspense et aurait tenu le lecteur en haleine jusqu’à la fin… qu’on attend de ce fait un peu trop rapidement car l’on sent le roman s’essouffler de page en page.
Mais peut-être que Gérault Darcheville et son héros Steven Baltimore sont-ils appelés à revenir dans une nouvelle enquête ? Auquel cas, nous suivrons leurs aventures avec néanmoins beaucoup de plaisir.
violaine cherrier
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Christine Pedotti et Vincent Villeminot, La longue patience du sanglier, Plon, mars 2009, 300 p. – 18,00 euros. |
