Catherine Andrieu, À l’écoute des bêtes
La belle et les bêtes
Dans un monde saturé par le bruit anthropique, la poésie de Catherine Andrieu offre une pause salutaire, une invitation à tendre l’oreille vers ce que nous avons cessé d’entendre. Publié dans la collection Cahier Nomade des Éditions Sémaphore, son recueil À l’écoute des bêtes résonne comme un manifeste poétique et sensible en faveur du monde sauvage.
La couverture du recueil donne immédiatement le ton : la silhouette solitaire d’un loup se découpant sur un paysage brumeux et sauvage. Cet ouvrage ne cherche pas à anthropomorphiser l’animal, mais bien à respecter sa part de mystère et de souveraineté. À travers des textes courts, ciselés et d’une grande clarté chorégraphique, Catherine Andrieu se fait l’observatrice invisible de la faune. Du pas feutré du prédateur au frémissement d’un oiseau de nuit, chaque poème capte l’essence d’une présence. Catherine ne se positionne pas en maîtresse de la nature, mais en témoigne à hauteur d’yeux — ou plutôt, à portée de voix. Le titre lui-même est programmatique. Écouter les bêtes, c’est d’abord faire taire notre propre bavardage humain. Dans cette poésie de l’attention, le silence a autant de poids que les mots. Catherine Andrieu utilise un langage épuré pour traduire le rythme biologique des animaux, calé sur les saisons et la lumière. Ainsi que les signaux invisibles qui régissent les territoires sauvages, signes de la fragilité de ces vies qui cohabitent avec l’expansion humaine.
« Écouter le sauvage, ce n’est pas chercher à le comprendre avec nos codes, c’est accepter d’être traversé par sa part d’ombre et de liberté. »
L’écriture de Catherine Andrieu se distingue par son refus du lyrisme grandiloquent. Elle préfère la justesse du mot concret, l’évocation d’une odeur de terre, du craquement d’une branche ou du souffle d’un mammifère dans le froid. Ce minimalisme rend justice à la dignité animale. L’émotion naît précisément de cette économie de moyens, qui laisse toute la place au sujet : la bête, dans toute sa splendeur brute.
À l’écoute des bêtes est un recueil précieux, une boussole pour tous ceux qui cherchent à retisser des liens avec la part sauvage de notre monde. Une lecture indispensable qui rappelle que les animaux ne partagent pas seulement notre planète, ils la racontent aussi, à leur manière.
Merci Catherine !
jacques cauda
Catherine Andrieu, À l’écoute des bêtes, Éditions Sémaphore, coll. Cahier Nomade, 2026, 116 p. – 16,00 €.