A oublier

Tête de gondole

Il est des livres dont le vide abys­sal n’empêche en rien le colos­sal suc­cès.
La direc­trice de l’Huffington France et ex-égérie de la télé­vi­sion a ras­sem­blé le ban et l’arrière-ban des médias et de l’intelligentsia pour que son pen­sum quel­conque soit adoubé par le plus grand nombre.

Présenté comme un Graal inti­miste, il est un par­fait exemple du néant lit­té­raire. La brillance n’est faite que pour les rayons luna­tiques des super­mar­chés du livre ou leur têtes de gon­dole. La fille au yeux per­venche se trans­forme en mère Denis de la vérité. Elle se pré­sente telle la plus résis­tante des agnelles aveu­glées par l’amour.
Nar­cisse en rien ascète, elle dit écrire ce livre “en espé­rant inté­res­ser tout le monde à une vie qui ne serait pas celle de tout le monde”. Les gogos vont donc en avoir pour leur argent. Entre autres avec le crous­tillant pas­sage le plus attendu de l’insidieux abus dont elle fut lauréate.

Reste le por­trait pro domo — de l’enfance à aujourd’hui– par celle qui pra­tique bien des impasses sur — et entre autres — les épi­sodes de l’ascension sociale, jour­na­lis­tique et poli­tique déjà bien assise.
L’auteure — sur ce point des plus dis­crètes — sut tirer des fils que seuls les bénis de la haute société et maîtres des marion­nettes pos­sèdent entre leurs mains.

Tout cela reste une mas­ca­rade et de la par­faite esbroufe. Mais la super­che­rie séduira les esclaves de la dupe­rie. Ils seront nom­breux à se lamen­ter sur le sort réser­vée à celle qui se fait seulette, épouse cou­rage, dépouillée momen­ta­né­ment avant d’être enva­hie des spasmes infi­nis d’une pas­sion tar­dive qui la fait rêver encore et encore.
Et c’est d’ailleurs tout le mal qu’on lui souhaite.

Des rives d’une déso­la­tion pro­vi­soire — qui com­pléta néan­moins beau­coup sa gloire média­tique — jusqu’au gey­ser d’une nou­velle révé­la­tion sen­ti­men­tale, l’auteure ne se mesure jamais à l’aube de l’obscurité (si ce n’est de cer­tains autres) mais à sa propre lumière. L’ouvrage res­tera comme un des moment farces et par­fai­te­ment inutiles de ce qui ne peut plus s’appeler la lit­té­ra­ture.
Sauf bien sûr pour tous les jour­na­listes en cours qui baisent les pieds de leur éter­nelle adu­les­cente et font leurs choux gras d’un brouet nébu­leux et fantomatique.

lire un extrait

jean-paul gavard-perret

Anne Sin­clair, Passé com­posé, Gras­set, Paris, 2021, 384 p. — 22,50 €.

7 Responses to A oublier

  1. DO

    il demeure d’enverguRe moyenne … juste en deuxième ligne avant la fin de cet article …

  2. Myrtie

    Bon­jour,
    Votre article tombe à pic, merci pour celui-ci, votre site est sympa.

  3. Christiane Beaudoin

    Vrai­ment …
    Votre article est plus jouis­sif que le film

  4. Jacques Richard

    Votre article fait œuvre de salu­brité publique par ces temps où plus que jamais les cuistres essayent de se faire pas­ser pour des pen­seurs. Quant à la bêtise, “un sot trouve tou­jours un plus sot qui l’admire”. C’est l’éternelle his­toire de la paille et de la poutre. Merci et… encore !
    J. R.

  5. ANNE-MARIE JEANJEAN

    Grand Merci ! Vous nous évi­ter de perdre un temps pré­cieux ! AMJ

  6. Nicolas Mathevon

    Bon­jour et merci de cette cri­tique. Etant l’auteur de “Les ani­maux parlent”, je me per­mets d’informer d’éventuels lec­teurs ou lec­trices (permettez-moi de n’oublier per­sonne… ;-) ) de l’existence d’un site web accom­pa­gnant le livre. Vous y trou­ve­rez quelques extraits (ainsi que des enre­gis­tre­ments, des films…) :
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/phoquebarbu
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/copie-de-croc
    https://mathevon0.wixsite.com/website-2/extraits
    Bon voyage sonore !
    Nico­las Mathevon

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