A oublier

Un cer­tain manque de tranchant

Voici un livre à la fois inté­res­sant mais bien trop sage. Son sérieux et sa pré­ci­sion, son res­pect maniaque envers son sujet sinon appau­vrissent du moins édul­corent cer­tains des  enjeux de l’oeuvre dont il est ques­tion : celle de Louise Bour­geois. Son auteur est une des spé­cia­listes de l’artiste. Il n’en reste pas moins qu’elle suit trop pla­ci­de­ment le déroulé de l’existence de son “modèle”.
Les pro­pos rap­por­tés ne sont pas tous inédits mais ce tra­vail insiste avec jus­tesse sur l’importance de  la psy­cha­na­lyse de Louise Bourgeois.

Ce  “moment” essen­tiel (d’une quin­zaine d’années…)  lui a per­mis d’entrer véri­ta­ble­ment dans la créa­tion débri­dée en venant à bout des tabous qui l’entravaient. Elle va trans­for­mer sa vision du sexuel. Et lui per­met aussi  de renon­cer à la bou­tique qu’elle avait ouverte à Green­wich Vil­lage pour vendre livres et gra­vures.
Celle qui joue dès lors avec ses monstres et les livre avec une force impres­sion­nante va néan­moins (et sans leur tour­ner le dos)  retrou­ver dans les années 1990 la fer­veur reli­gieuse qu’elle avait épou­sée dès son enfance jusqu’à se faire bap­ti­ser à 22 ans comme pour clore un destin.

Ce qui reste le plus impor­tant mais pas assez déve­loppé ici, c’est la manière de mon­trer  com­ment une per­sonne aussi angois­sée et dépres­sive que Louise Bour­geois est par­ve­nue à créer une oeuvre aussi spec­ta­cu­laire, per­tur­bante et nova­trice là où la sexua­lité demeure une constante aussi réa­liste que sym­bo­lique.
Face à une telle “femme-couteau”, le livre manque cepen­dant de carac­tère éman­ci­pa­teur et de tranchant.

jean-paul gavard-perret

Marie-Laure Ber­na­dac, Louise Bour­geois, Femme-couteau, Flam­ma­rion, Paris, 2019, 528 p. — 32,00 €.

 

6 Responses to A oublier

  1. DO

    il demeure d’enverguRe moyenne … juste en deuxième ligne avant la fin de cet article …

  2. Myrtie

    Bon­jour,
    Votre article tombe à pic, merci pour celui-ci, votre site est sympa.

  3. Christiane Beaudoin

    Vrai­ment …
    Votre article est plus jouis­sif que le film

  4. Jacques Richard

    Votre article fait œuvre de salu­brité publique par ces temps où plus que jamais les cuistres essayent de se faire pas­ser pour des pen­seurs. Quant à la bêtise, “un sot trouve tou­jours un plus sot qui l’admire”. C’est l’éternelle his­toire de la paille et de la poutre. Merci et… encore !
    J. R.

  5. ANNE-MARIE JEANJEAN

    Grand Merci ! Vous nous évi­ter de perdre un temps pré­cieux ! AMJ

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