Véronique Sales, Okoalu (Rentrée littéraire 2021)

L’île désen­chan­tée

Le nou­veau roman de Véro­nique Sales a pour titre le nom d’une île de l’archipel des Lau, sans laquelle ses pro­ta­go­nistes ne se seraient pas connus. En 1959, mon­tés à bord du même avion qui part de l’Australie pour l’Amérique, Glen­cora (12 ans), sa sœur Mil­dred (6 ans), Ing­var (14 ans) et son petit frère Sven, se retrouvent seuls sur­vi­vants après que l’appareil s’est abîmé dans le Paci­fique.
A Okoalu, ils apprennent à vivre en l’absence d’adultes ; par ailleurs, leurs parents res­pec­tifs n’ont jamais été très présents…

Ce qui se joue dans les séquences du récit qui se situent dans l’île, c’est l’ensau­va­ge­ment d’abord spon­tané, puis influencé, qui concerne davan­tage les enfants que les ado­les­cents. Mil­dred et Sven s’inventent un monde à eux ; par la suite, lorsque les quatre pro­ta­go­nistes sont abor­dés par une tribu, elle aussi dépour­vue d’adultes, ori­gi­naire d’un autre point de l’archipel, les deux cadets assi­milent sans mal les savoir-faire, les us et les cou­tumes des “sau­vages“ qui semblent les pré­fé­rer aux aînés.
Glen­cora, qui souffre d’avoir perdu le lien affec­tif très fort qu’elle avait avec Mil­dred, rêve de quit­ter l’île et incite Ing­var à l’y aider, pro­fi­tant de l’influence qu’elle a sur lui.

Quelques années plus tard, Glen­cora et Ing­var sont reve­nus en Occi­dent, mais contre toute attente leur ave­nir ne sera pas com­mun : la jeune femme vivra en Angle­terre, puis aux Pays-Bas, ayant de ren­voyer le jeune homme en Suède d’où il est ori­gi­naire et où il ne res­tera pas. Après les aven­tures exo­tiques, com­mencent celles qu’on pou­vait vivre en Europe dans les années 1960 et 1970 : les expé­riences du genre de celles des hip­pies, les voyages, l’amour libre, qui des­sinent une autre manière de s’écarter des tra­di­tions occi­den­tales d’avant.

Ce qui aurait pu ser­vir de trame à un roman léger et hau­te­ment pit­to­resque devient, à tra­vers l’écriture de Véro­nique Sales, un récit assi­mi­lable au conte phi­lo­so­phique, dou­blé d’une explo­ra­tion du psy­chisme humain, riche en contra­dic­tions et en tiraille­ments.
Le déca­lage entre l’intrigue et la façon dont elle est trai­tée, pour en tirer des effets de sens com­plexes, est le meilleur atout de ce roman.

Les lec­teurs qui ne connaissent pas encore Véro­nique Sales pour­raient prendre goût à son écri­ture en se plon­geant dans Okoalu, avant de pas­ser à ses autres fic­tions, dont Le Livre de Pacha (éd. du Revif) qui est le som­met de son œuvre à ce jour.

agathe de lastyns

Véro­nique Sales, Okoalu, Ven­dé­miaire, août 2021, 276 p. – 18,00 €.

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