Olivier Bocquet & Anlor, Ladies with guns – tome 4
Quelles femmes !
L’action se déroule au XIXe siècle pendant la conquête de l’Ouest. Elles sont cinq qui se sont groupées pour se défendre dans cette société américaine machiste. Elles ont pu, dans un mélange de bruit et de fureur, s’échapper d’un pénitencier et se sont réfugiées dans une maison abandonnée. Elles se trouvent menacées par trois despérados.
La situation est critique car Cassie va accoucher. Elles sont cachées au grenier, espérant que leurs poursuivants ne les trouvent pas. Mais, si Cassie réussissait à contenir les douleurs liées à l’enfantement, elle n’en peut plus et crie sa souffrance. Une fusillade intense part du rez-de-chaussée. Mais les trois hommes ne savent pas à qui ils ont à faire. La réplique est forte et se solde par deux cadavres, une fuite éperdue et l’arrivée d’un garçon.
Ravies elles s’occupent du nouveau-né jusqu’au moment où elles constatent que celui-ci perd du sang par une blessure que Kathleen ne peut pas soigner. Il faut rejoindre le chirurgien qui les a fait venir, elle et son mari, aux États-Unis. Mais, il est loin. Elles n’ont pas d’autre solution que prendre un train en marche sans passer par la gare…
Cet album ouvre une nouvelle saison qui doit se décliner en trois tomes. Et une nouvelle fois, ces dames s’embarquent dans une quête semée d’embuches, dans une suite d’actions toutes plus surprenantes les unes que les autres. Elles font preuve d’une solidarité à toute épreuve, d’une pugnacité qui leur permet de vaincre les difficultés.
Le scénariste offre de magnifiques flashbacks dans la vie de Cassie, celle-ci revivant des épisodes bien douloureux de son passé.
L’auteur installe un climat tonique et ne laisse pas passer l’occasion de faire passer des messages avec un humour acerbe. Il installe des réflexions cocasses comme celle de Daisy : « Un garçon ! Enfin quelqu’un pour nous dire ce qu’on doit faire !«
Mais, si Olivier Bocquet multiplie les péripéties, il porte un regard sans concession sur le pays et sur les hommes qui le peuplent. On pouvait penser qu’avec le temps, une certaine évolution sociale, ils pouvaient s’être améliorés, civilisés. Mais il n’en n’est rien. On en a la preuve avec la bande de dégénérés qui a pris le pouvoir et professe les mêmes opinions, ont une vision identique de la société qu’il y a deux siècles.
Un duo de créatrices de premier plan assure la mise en images, avec Anlor pour le dessin et Elvire de Cock pour les couleurs. La première fait preuve d’une maîtrise du découpage et de la mise en scène, donnant à ses protagonistes une personnalité propre et magnifiquement retranscrite. Les décors sont à l’avenant et livrent une belle vision du pays à cette époque.
On peut compter sur Elvire de Cock pour réussir une mise en couleurs qui porte le dessin, renforce la puissance de celui-ci et produit une touche très attirante dans les planches.
Ce nouvel album ne dépare pas la série, avec une mécanique narrative impeccable, un sens de l’action et du suspense qui pimente heureusement l’intrigue. Le tout est embelli par les effets visuels tant au point de vue du trait énergique que des teintes choisies avec attention.
serge perraud
Olivier Bocquet (scénario), Anlor (dessin), Elvire de Cock (couleur), Ladies with guns – tome 4, Dargaud, mars 2025, 64 p. – 16,95 €.