Personnalité à multiples facettes, Elke Heindereich est à la fois journaliste de la presse féminine, critique littéraire, animatrice d’une émission à la TV allemande, et auteure : elle a écrit des livres à succès pour la jeunesse, des romans qui sont, eux aussi, des best-sellers, et depuis 1992, elle s’illustre dans la nouvelle. La soixantaine venue, elle se penche sur le parcours amoureux des femmes et des hommes appartenant comme elle à la génération des enfants nés pendant de la guerre ou dans l’immédiat après-guerre : les sept nouvelles de Dos au monde en témoignent à travers un bilan aigu.
Voyage dans le temps des vies. Exploration de toutes les souffrances des années passées comme de toutes les joies. Souvent elles sont étroitement liées. Souvent elles plongent dans les racines familiales. Ainsi ces relations mères-filles, mal tissées dans les déchirements du chaos nazi, ici remarquablement racontées, dans une richesse de nuances et de ressentis, qui montrent si bien combien celles qu’on croit aux antipodes par leurs goûts et leurs opinions, celles pour lesquelles la rancune est la plus forte, celles-là, les mères, sont en fait les plus proches, si identiques aux filles dans leurs secrets les plus intimes. Ces mères que les filles ne découvrent que trop tard, après leur mort.
Autre moment clé dans certaines de ces vies, les 25 ans de mariage, ce trop de vie commune, où on connaît trop l’autre dans ses moindres détails. On est trop près l’un de l’autre, comme deux vieux arbres. Plus rien ne peut passer entre vous. Ce qui fut essentiel à un moment devient sans importance et s’effondre. La vie est en définitive un mystère, un secret en quelque sorte introuvable. Et le bonheur est cet instant impalpable, le soleil sur la tapisserie d’une chambre d’hôtel.
Et pour ceux qui n’ont à l’âge mûr que les ruines de feues leurs histoires d’amour, un espoir demeure : les vieux amis avec qui on peut sans fin parler du bon vieux temps, et avec qui, pour peu qu’il y ait du Bob Dylan dans l’air, tout peut démarrer, la surprise d’un amour neuf.
Variation sur le thème des amours perdues mais retrouvées trente ans plus tard... Sous l’impulsion de la mémoire intacte des 19 ans et du premier homme, le seul qu’on n’oublie pas. Trouver et retrouver cet homme soigneusement choisi - un temps si fort que le monde autour peut connaître des bouleversements, le mur de Berlin s’effondrer. L’amour zappe tout... car le bonheur d’un couple toujours tourne le dos au monde.
Sur cette citation de Romain Gary, Elke Heidenreich ouvre son univers et le referme. Entre ces pages, ses histoires nous racontent plutôt l’inverse : des tentatives face au monde - en d’autres termes, les hauts et les bas du cœur humain.
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