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Rentrée 04

Il fut un temps, à Paris, où être fou, voire folle, n’était pas de tout repos (sic). Outre les traitements pour le moins inadaptés, il était de mode de participer aux "Leçons" du mardi, à la Salpêtrière, où le grand patron du moment, le professeur Charcot, tentait d’avancer quelques théories suspectes sur les manifestations de l’hystérie et les moyens d’y remédier.
Cela se passait à la fin du XIXème siècle. Entre l’inauguration de la tour Eiffel et les soirées épicées dans les maisons closes, les grands bourgeois allaient voir les "folles". Et pour mieux sceller ce pacte avec le diable, on témoignait devant l’éternel par le biais de la photographie, nouveau dada de l’époque. Ainsi, Mayeul Magnus fit toute sa carrière comme photographe de l’Assistance Publique, la moitié de son temps consacré à immortaliser les trépassés dans les locaux de la morgue, et l’autre à tenter de saisir l’instant de passage entre l’état de folie et le retour à la normale.

Mais le joyeux luron, qui ne s’attardera pas à demeurer trop longtemps à l’hôtel sitôt arrivé de sa province mais préférera bien vitre prendre pension au bordel, n’aura de cesse de faire des heures supplémentaires pour inventer les premières photos obscènes. Chez les "folles" il photographiera les excès de caractère, chez les "filles" il ouvrira une chambre noire où ces messieurs pourront se régaler des yeux comme du reste ...
Infatigable et laborieux, le jeune assistant devenu maître ès pornographies se laissera briser par le jeu du miroir et mélangera les effets : les "folles" auront aussi droit à quelques poses dénudées ; et les "filles" seront de plus en plus traitées comme du matériau humain. Obsédé et dément, Mayeul Magnus n’aura de cesse de vouloir être Dieu et de mélanger les désirs, les plaisirs, les anatomies. Après des mises en scène macabres de corps morcelés il chevauchera une pauvre fille jusqu’à sa mort, non sans l’avoir muni d’un sexe en cuir pour se laisser, lui aussi, prendre comme une femelle ... Persuadé d’être à la fois l’idéal masculin et féminin, c’est la folie qui le trouvera désarmé et inconscient de ce qu’il a fait ...

Après un premier roman pour le moins surprenant (L’Atelier anthropophage, Belfond, 2002), Valérie Tordjman renoue avec son écriture sensuelle et envoûtante pour nous parler de cruauté physique et psychique. Muni d’un scalpel plutôt que d’un stylo, elle parvient à pénétrer l’âme du photographe fou et à sonder ses pulsions, ses désirs, ses phobies. Toujours à la recherche de son identité, l’homme marchera parfois dans les traces des psychopathes et des déments, soit pour chasser l’impossible sexualité qui l’habite et tenter d’en reconstruire une autre, soit pour détruire l’image que l’autre lui renvoie et dont il ne peut se satisfaire.

Le désastre organique des corps a désormais son livre ...



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Annabelle Hautecontre, le 31 août 2004 - article926.html
Valérie Tordjman, La Pornographie de l’âme, Le Passage, 2004, 196 p. - 15,00 euros
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