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Le pavé des plages
Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, en pleine tourmente révolutionaire. Clotilde d’Arfeuillère, retour d’une escapade cynégétique dans les forêts du pays de Caux en compagnie de Gautier Barbe, l’intendant du château, découvre sa famille et les gens du domaine massacrés jusqu’au dernier. Les responsables : les membres de la confrérie d’Astaroth. Rien à voir avec la chasse aux ci-devants menées par les paysans ! il faut dire que le père de Clotilde, alors en voyage, fricote avec les ésotérismes de tout poil, à l’instar de Barbe, passé maître en arts magiques. L’objet de la convoitise de ces satanistes : un mystérieux manuscrit. De là s’ensuivent force courses poursuite à travers la France, assorties de moult rebondissements, visant à retrouver le Grand Maître d’Astaroth afin de l’empêcher de nuire - c’est-à-dire rien moins que de comploter pour s’approprier le pouvoir, profitant ainsi des troubles qui agitent le pays déchiré par la Terreur ! Secte sataniste, franc-maçonnerie, magies de toutes les couleurs - blanche, noire, rouge...- avec rites d’initiation et messes noires, jeune fille de noble ascendance pourvue d’un mystère planant sur sa naissance et, comme de juste, d’une beauté aussi renversante que sauvage (faut ce qu’il faut) avec ses airs de barbaresque... n’en disons pas plus : la besace à clichés est déjà bien garnie ! et comme pour enfoncer le clou, le plat nous est servi assaisonné d’une écriture d’adolescente rangée mais fantasmante, décrivant avec complaisance beaux jeunes gens et belles damoiselles, se laissant aller à des images convenues au possible et basculant trop souvent dans un lyrisme aussi mièvre que légèrement enflé sur les bords : Ilde ignorait son panache sombre, la plénitude de son rayonnement, ce flux flamboyant dans un corps de sainte. Ce réseau lumineux de merveilles hermétiques était souillé par de vils personnages ayant commerce avec le mal. Qu’est-ce qui les troublait ainsi ? Peut-être le sentiment d’avoir croisé un être de verre qu’un souffle aurait pu briser. ... et l’on en puise des comme ça à poignées !
Jennifer Kouassi a visiblement voulu marcher sur les traces de Dumas autant que de Sue, tout en prétendant au réalisme socio-historique par ses longues descriptions des marchés parisiens et des scènes de village, allant jusqu’à singer dans ses dialogues villageois le parler des paysans normands. Mais la mayonnaise ne prend pas ; tout dans ce roman sent le formatage commercial : le brassage de thèmes "porteurs" et de clichés romanesques, l’écriture appliquée de petite fille sage calibrée tout public qui, sans se départir de ses bonnes manières, instille ce soupçon de soufre indispensable aux émois des midinettes... jusqu’à la maquette qui exhibe pleins pots, en quatrième de couverture, le minois de l’auteur dardant sur vous son regard de braise accompagné d’un décolleté plongeant ! Seuls les amateurs de romans sentimentaux pourront trouver leur compte dans ces diableries à l’eau de rose pimentées d’aventure histoire de n’être, tout de même, pas trop fades. Compagnon idéal des longues heures léthargiques de l’été, ce livre est parfait pour prendre l’eau et le sable pendant les bains de soleil. Quant à garnir les étagères d’une bibliothèque digne de ce nom...
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| Jennifer Kouassi, Clotilde ou la saison du diable, Grasset, 2004, 480 p. - 19,90 €. |
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