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Romans
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Surprenant petit roman que ce Charivari : qu’on l’imagine comme le second livre de l’hyper-créatif rock star-acteur-auteur Machida Ko et on s’attendra à une verve punk ultra-moderne rapidement démentie par une plume civilisée, qu’on y cherche l’étincelle de génie qui lui a valu le prix Akutagawa (équivalent du Goncourt au Japon) et on se perdra dans les détours d’une pensée japonaise quasi impénétrable, d’autant que le récit serpente entre les présomptions du lecteur occidental pour basculer sens dessus-dessous dans l’indescriptible pagaille d’un esprit à la dérive.

Celui qui espère visiter la surface du Tokyo 2004 dans ce livre en sera pour ses frais. De multiples strates temporelles masquent les repères géographiques, le rêve et la réalité sont inextricables. Jonc, bambou, architecture traditionnelle, pièces de 6 tatamis et temples sans âge répondent aux immeubles grisâtres, aux grands magasins, aux avions argentés dans un ciel monochrome...

Dzzouinngg-Dzzouinngg-Dzzouinngg !

Cette plongée dans la culture japonaise s’avère largement plus complexe que les sushis au néon, les mangas à couettes ou les jardins zen aisément identifiables. Pas l’ombre d’un Pokémon entre ces lignes qui mélangent références à Balzac, au folklore nippon, avec des nains Fukusuke, des divinités daikokuten-kisshô-tennyo, le poète Natsume Sôseki, le héros Urashima Tarô ou encore renvois à Camus !

Le monologue frénétique entre conscient et inconscient d’un jeune homme déçu du monde et de lui-même est servi par une langue au parlé étrange, bousculée d’onomatopées et de gouaille un peu surannée : Faut dire... Kitada n’était plus qu’une lavette tiède, Abe le jean-foutre qu’on a vu, conclusion : qui est-ce qui va y aller de sa poche pour régler la course ? Moi-mézigue, bien sûr.

Déboires, bitures, déception des sentiments, refus des conventions, la fragilité du fils raté d’une famille de fabricants de porcelaine en faillite est flagrante. Et pourtant, sa pensée bourdonne d’activité, il fonce comme un Zatoichi sans sabre, aveugle, peuplé de visions intérieures démoralisantes où sa vie lui semble envahie de poussière et de bestialité.

Personnellement, je n’ai jamais supporté la présence de tout ce qui est instrument ou appareil prétentieux, et je m’en explique : si je prends le cas, disons, d’un de ces appareils qui servent à griller le poisson, eh bien, la présence sous mes yeux de cet objet d’un haut degré de prosaïsme et de ridicule me donne l’impression d’avoir, matérialisé devant moi, mon désir mesquin de me griller un petit maquereau des familles, s’ensuit alors que le froid que j’ai en moi s’enfle progressivement aux dimensions de tout mon quotidien, que mon dégoût naturel de la vie et de mes semblables grandit irrésistiblement dans mon cœur et me file le cafard, voilà.

Un tag sur le rideau fermé de la boutique de souvenirs du lac Onokoro, au terminus d’un voyage en car annonce : "Destruction de l’âme. Tel est notre jugement." et Klaus Nomi attend, dans un costume de réceptionniste, perdu au bord de nulle part.

Malgré l’aigreur, les rivalités, l’impression de nullité et d’injustice, les obsessions morbides, l’humour transparaît, page après page, rue et cavalcade en traînant derrière lui tout reste d’apitoiement et de sérieux.

Réceptions, soirées dans les pub-nuisettes de Furumachi, la vie bat son plein à coup de mémorable karaoké surréaliste, en Grande Mascarade festive. Pendant tout ce temps, l’octuple tambourinade s’était poursuivie au même rythme démentiel, tandis que, à l’inverse des artistes en pleine ivresse, la plupart des gens ici présents et normalement constitués paraissaient estimer, à mon propre exemple, que c’était 1 : incompréhensible ; 2 : loufoque ; 3 : indécent ; 4 : sinistre [...].

Conclusion, sous la belle couverture aux hiraganas fluo tièdie de taches thermiques, un texte échappe aux clichés, brouille les perceptions et présente une vision des plus personnelles, qui peut finir par déclencher un certain mal de tête.


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Stig Legrand, le 5 juillet 2004 - article784.html
Machida Ko, Charivari (traduit par Jacques Lalloz - Titre original Kire Gire), Editions Philippe Picquier, 2004, 125 p. - 13,50 €.
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