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Petit dérapage entre paumés
Ecrire sur la folie meurtrière n’est pas un exercice facile. Essayer de pénétrer les mécanismes qui régissent les pulsions psychotiques d’un tueur en série ou d’un violeur est un challenge, certes tentant pour un écrivain, mais terriblement dangereux car les chausse-trappes sont légion. A commencer par la tentation de calquer son écriture sur la vitesse à laquelle est censé penser le protagoniste central du récit. Premier écueil sur lequel s’empale la belle Franca. Il y a quelques faits narrés dans l’urgence comme certains journalistes écrivent à la chaîne des articles que l’on oublie sitôt lus... On ne bâcle pas en cent pages une histoire aussi complexe, qui se veut ancrée dans la psychologie dévastatrice d’un violeur en série - sauf à vouloir faire un coup médiatique, et encore. Ici, on est tout aussi loin de la littérature que de l’analyse sociologique ou psychologique.
L’univers du thriller possède aussi ses règles, qui sont dans ce roman toutes violées. Cela tombe bien me direz-vous, c’est justement le thème du livre. Soit, mais alors où est l’étude complète, cohérente, crédible et documentée du caractère et des pulsions du personnage, de son environnement... etc. - étude qui, lorsqu’elle manque, m’empêche, pauvre fille peut-être, d’adhérer à ce genre d’ouvrage ? Dès les premières lignes, je suis déjà contrite par ce ton faussement humoristique que l’on veut donner au récit, comme s’il y avait matière à rire d’un tel sadique : Ça y est voilà que ça me reprend. Il faut que je viole une femme. Impérativement. Je me tire à la campagne.
Maurice G. Dantec ou Bret Easton Ellis nous ont donné des livres d’une telle puissance, d’une magnificence si perverse et si horrible - tant dans l’écriture que dans les performances prêtées à leurs tueurs fous - que face à ces derniers le Momo de Franca Maï fait bien morne figure. Ce Momo qui aime le contact du doux et se promène en se tripotant l’oreille avec une chaussette en laine angora est une sorte de puceau attardé. Il aime sa femme et le lui prouve tous les soirs : il rentre bourré et la cogne. Les jours de repos il viole pour s’amuser. Une fois licencié il devient terroriste et fait sauter métro et Bourse tout en tirant son coup au hasard des rencontres. Niaiseries d’égout que ces suites de passades sans queue ni tête, et ce ne sont pas les rares évocations de ses prétendues intentions révolutionnaires qui pourront lui accorder un quelconque crédit.
Un premier roman n’est pas toujours abouti, soit, mais se saisir d’un sujet aussi grave pour en faire une sorte d’apologie du viol et de la terreur comme seul palliatif à l’exploitation commerciale de l’homme par l’homme me semble un peu tiré par les cheveux et m’indispose fortement. Ecrit par une femme, ce livre se voudrait alors cynique ? Momo le paumé qui débande lorsque ses victimes ont de trop petits seins serait l’ alter ego du héros cher à Michel Houellebecq ? Mais que dire lorsqu’il utilise un légume ou qu’il masturbe une jeune mère en train de donner le sein à son enfant ? Pathétique. Sordide. La quantité de sperme avalé lors d’une fellation est-elle proportionnelle au degré d’amour ? Voilà une question hautement existentielle, mais pour ma part je ne place pas le baromètre de mes sentiments à ce niveau-là. Chacun ses valeurs... Quant à l’analyse de la dérive de notre société, elle aurait certainement gagné à enfoncer moins de portes ouvertes et à étudier avec plus de finesse les abysses culturelles qu’elle souhaitait dénoncer. Il y a sans doute d’autres manières de combattre la déviance de notre système que celle mise en oeuvre ici. Ce récit n’est qu’un livre de plus sur un mal récurrent... Sans aucun intérêt.
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| Franca Maï, Momo qui kills, Pocket, 2004, 112 p. - 5,00 €. |
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