Entrer dans l’univers de Mahmoud Darwich, c’est non seulement aborder la terre palestinienne, mais aussi éprouver la puissance des mots sur le monde. Car, dans le douloureux conflit actuel, ce sont les mots - plus forts que les kamikazes et Tsahal réunis - qui auront le dernier mot. Le poète, expulsé de sa terre en 1948 à l’âge de six ans, connaît les affres et les humiliations propres aux réfugiés, aux orphelins déracinés du monde. Il en résulte un traumatisme pour lequel la seule thérapie possible sera l’écriture poétique. Par le verbe, Mahmoud Darwich affirme aussi bien son combat pour le peuple palestinien qu’une large vision des turbulences qui nous agitent - et cela dans une parole empreinte de tolérance et d’humanisme.
Les expériences indélébiles de Darwich, ses facettes multiples (écrivain, journaliste, chercheur, éditeur, musicien, esthète, politicien...), et surtout son alliance avec les mots, font de lui une figure charismatique projetée bien au-delà de la seule Palestine, au-delà même du Proche-Orient. Malgré lui, souvent, chaque poème nouveau est déplié, interprété, disséqué dans une optique de résistance et de combat. Porte-parole, quelle expression merveilleuse pour un poète, merveilleuse et redoutable ! Porter la parole comme on porte un seau d’eau, désaltérer les Hommes et la terre qui s’ajuste à leurs semelles, c’est cela qui le porte, le poète.
Dans cet ouvrage, François Xavier met en évidence et l’incessant combat qui anime Darwich, et l’aspect novateur qu’il a su imposer dans la poésie arabe contemporaine. "Re-création du monde", son poème, exprime les liens entre la poésie et le réel par le biais de la contemplation. Darwich, admirateur entre autres du poète du Xe siècle Mutanabbi, introduit dans son vers le langage parlé tout en donnant du sens, en insérant l’ondoyante complexité du monde. L’altérité, thème ô combien récurrent, peut aussi bien représenter l’ennemi ou l’étranger qu’un Autre soi-même, une distance qui s’interpelle. Parlant rarement de lui à travers son œuvre, il le fait toutefois dans le recueil Pourquoi as-tu laissé le cheval à sa solitude ? aux accents pathétiquement autobiographiques. Témoin de son époque, œil exercé à l’analyse du temps, directement impliqué dans un conflit aussi cruel, Darwich exprime cet espoir que les mots, au bout du compte, auront raison. En effet, il faudra bien qu’un jour Israéliens et Palestiniens parlent un même langage : celui du sens de l’Histoire, celui de la fraternité.
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| François Xavier, Mahmoud Darwich dans l’exil de sa langue, Editions Autres Temps, 2004, 176 p. - 15,00 €. |
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