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Ulrik au pays du désordre amoureux
  
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Romans
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Voici les pérégrinations d’un jeune Inuk en Amérique. Choisi pour représenter et défendre son peuple, Ulrik débarque aux Etats-Unis, invité par une société pétrolifère qui en fait un objet marketing. Quoi de mieux, en effet, qu’un esquimau télégénique pour redorer le blason d’une firme en mal de justification ethno-écologique ? C’est donc le mythe du bon sauvage que François Lelord ressert.

Mille fois éculé, le procédé n’est pourtant pas sans intérêt dans ce livre bien enlevé. Les pièges connus, l’auteur ne les évite pourtant pas : manichéisme un peu forcé et clichés à qui mieux mieux. Mais on s’accroche au personnage principal, à ses déboires, à ses amours, à ses inquiétudes. Ulrik est accueilli par Marie-Alix, une dignitaire de l’Unesco, avec laquelle il ne tarde pas à vivre. C’est l’occasion pour lui de découvrir la famille éclatée : Marie-Alix est divorcée, elle a deux enfants. Puis il rencontre Florence, cadre dans l’entreprise pétrolifère : prototype de la célibataire moderne sacrifiant tout à la carrière, dominatrice, dure, et dont le cœur pourtant, dans l’intimité, est celui d’une petite fille cherchant le mâle. Il se lie aussi à Jacinthe, une prostituée. Bref, des femmes archétypales, dont il découvre forces et faiblesses avec étonnement - en pays Inuit, les relations hommes-femmes sont bien différentes...

Et puis il y a le docteur Hector, un psychiatre avec lequel il converse, et qui lui explique bien des choses sur la société des Kablunaks, ces blancs dont la vie s’appelle solitude. Ulrik découvre ainsi l’alcool, la télévision, le sexe qu’on paye, les féministes, la notoriété. Bientôt, partagé entre nostalgie du pays et apprentissage, le héros se perd. Sera-t-il capable de rentrer dans son igloo, après avoir découvert la magie du bain chaud ?

Ulrik au pays du désordre amoureux, un roman qui se lit vite et bien, agréable, bien écrit, des personnages attachants, un point de vue sur notre monde et ses déviances. Ce n’est pas un récit polémique, le lecteur est à peu près d’accord sur tout - voilà d’ailleurs où l’on commence à s’interroger. N’est-ce pas un peu facile ? N’est-ce pas télescopé ? Tout ceci a un goût du Monde de Sophie... Le psychiatre est un professeur qui explique les rapports humains, et notamment la notion de couple, dans une société décadente, flottante. Ulrik n’est qu’un faire-valoir, et l’auteur de philosopher facilement... La simplification extrême de la pensée - puisqu’on la présente à un Inuk - gêne. D’accord, le sauvage ouvre de grands yeux devant les vérités paradoxales. Pourquoi Marie-Alix et son mari se sont-ils quittés ? Pourquoi Florence demande-t-elle à être battue pendant l’amour ? Pourquoi les femmes veulent une liberté qui les conduit au malheur de la solitude ? Pourquoi les hommes butinent-ils ?

D’accord, le sauvage témoigne de son monde à lui, archaïque et précaire, difficile, en bute aux changements et à la contamination occidentale. D’accord, on s’interroge avec lui sur le pour et le contre de chacun des systèmes. Mais le côté « donneur de leçon » de Lelord énerve. En filigrane du roman, n’a-t-on pas l’impression qu’on veut simplement nous assener une démonstration toute faite, sans aucune subtilité ? Le propos de Lelord paraît alors démagogique, sous la couverture peu solide du romanesque et du divertissement. Et l’on regrette la grossièreté des arguments. On aurait aimé davantage de portes ouvertes, moins de « j’ai tout compris je vous l’explique ». Ce n’est pas un essai, ce n’est pas une étude, alors pourquoi déguiser l’histoire ? Le message que l’auteur souhaite faire passer est tellement évident, tellement râbaché, et avec si peu d’humilité, que l’on gâche nettement le plaisir du lecteur, lequel doit pouvoir d’interroger sans qu’on lui prenne systématiquement la main.



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Sandrine Lyonnard, le 21 février 2004 - article69.html
François Lelord, Ulrik au pays du désordre amoureux, Oh !, 2003, 268 p. - 19,00 €
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