http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 François Xavier Rrose Selamoor
Ses derniers articles :
Imitation - Rentrée 2010
Lettre à Delacroix
On est toujours le patron de quelqu’un
Alechinsky - Les ateliers du midi
Les trente-six vues de la Sainte-Victoire
Monsieur Toussaint Louverture... éditeur
Le cinéma au bord du monde
Le Texte de l’absence et autres poèmes
Le Dictionnaire amoureux de la Palestine
Velickovic dans la bagarre du monde
Chroniques d’Amérique
La tête en friche
Bonnefoy
Quitter Dakar
Pygmy
Quête ésotérique et création poétique dans "Anabase" de Saint-John Perse
Mon cher George - Balzac et Sand, histoire d’une amitié
Chambre 26
Lu sur facebook
Le Bouclier d’Achille
 Contacter
 François Xavier Rrose Selamoor
Ses derniers articles :
Rome, trésors d’une civilisation ancienne
Le Traducteur - Prix Gaillon 2006
Des Anglais si tranquilles
L’Amour seul
La Trahison
Emmène-moi, emmène-moi - Rentrée 2005
Shimon de Samarie - Tome 1
Amagansett
Les Déjantées - Tome 4
Meurtre à Craddock House
Purgatoire - Les bonnes adresses
Clotilde ou la saison du diable
Mésopotamia - Tome 1 : La Légende de Ninmah
Rien de grave
Signes d’identité - Tatouages, piercings...
Autoportrait de l’autre
Pas du tout je t’aime
Mr George - Tome 1
Noires sont les violettes
Martha Peake
  
4022 articles en ligne


Romans
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

L’homme de ma vie m’a plaquée. Ma grand-mère est morte. Maman a un cancer. J’ai une relation privilégiée avec papa. J’ai été une droguée des médocs. Mais j’ai rencontré Pablo et je suis en phase de guérison. J’ai écrit un premier roman. Trois lignes suffisent à résumer le propos de Justine Lévy dans Rien de grave. Un propos d’autant plus mince qu’il s’alimente à des sources polluées à force d’être pillées. Mais des thèmes rebattus sont toujours susceptibles de donner des chef-d’œuvres selon qui en use. Aussi faut-il voir un peu plus loin que cette pathétique accumulation de motifs prompts à lever les larmes dans les chaumières. D’accord, les plus belles pages de la littérature ont souvent été écrites depuis les affres des pires douleurs... mais ici on dirait bien que Justine Lévy s’est imaginée qu’en rajouter des tonnes dans le pathétisant pouvait tenir lieu de talent. Et de talent d’écriture il n’y a point. Ou plutôt il y a tentative de faire passer pour du style une langue des plus familières, un pseudo- langage parlé davantage singé qu’utilisé à bon escient, des omissions de ponctuation peu signifiantes... etc. Quant à l’emploi de la première personne - "je" est bien Lévy mais pas Justine, "je" est Louise - il ne se ressent guère comme fruit d’une ambivalence voulue entre la position de l’auteur et celle de la narratrice mais davantage comme une perche tendue aux intervieweurs, qui ne manqueront pas de lancer l’incontournable "essske vôôôtre roman est autobiographique ?", aliment de premier choix pour les colonnes de la presse people - ou féminine mais n’est-ce pas la même chose ?

Ça ressemble à la rédaction laborieuse qu’une gamine de 10 ans aurait écrite avec peine sur un sujet insipide... Amputation de la plupart des formes négatives, formulations itératives simulant le radotage, quelques jeux sonores pour faire illusion (Ah... l’appart de la rue Bonaparte...), ruptures discursives où la narratrice endosse le point de vue de tel ou tel personnage, faisant ainsi les questions et les réponses comme les enfants qui se racontent des histoires... Attendrissant pour certains, exaspérant pour d’autres : c’est de la fausse enfance, une puérilité de style qui appuie avec trop de facilité le caractère de femme enfant qui est prêté à la narratrice - femme enfant dont l’égoïsme éclate dans sa manière de formuler ses "je" et ses "moi", et qui donne naissance à un récit centripète d’où le lecteur est exclu de fait. "Il dit", "je dis"... partout le verbe dire à toutes les sauces, et souvent déjeté en fin de phrase après une virgule, histoire sans doute de "faire style"... dire dire dire. Au lieu de faire dire ses personnages, Justine Lévy eût été mieux inspirée d’écrire davantage son roman et de ne pas sacrifier avec autant de complaisance à cette mode qui intronise écrivain quiconque joue à l’écrit du familier et du vulgaire.

Car au nom de la liberté esthétique et du refus de normes sclérosées, "bourgeoises", singer le langage parlé en littérature - élisions, phrases elliptiques, mots familiers voire vulgaires, barbarismes... - est devenu une habitude stylistique récurrente. Puis l’on s’est mis à assaisonner tout cela de ces savoureuses périphrases empruntées aux enfants et dont il usent quand ils ne disposent pas encore du lexique que nécessiterait leur besoin d’expression... Et s’il est vrai que nombre d’écrivains recourent au registre parlé ou enfantin pour franchir un degré nouveau dans leur travail sur la langue et accroître encore l’expressivité de leurs écrits, d’autres, moins talentueux et dépourvus de génie, ne voient là qu’un moyen idéal de masquer leur insignifiance, fournissant à celle-ci l’alibi de la spontanéité et de l’authenticité du discours oralisé. 

Oui, je suis littérairement parlant conservatrice, oui j’aime sentir l’érudition et l’amour des mots dont certains parviennent à nourrir les langages les plus frustes, les plus épurés - amour des mots qui est la condition sine qua non pour que le lecteur puisse toucher de l’âme et du cœur les propos d’un écrivain... et oui encore, j’exècre cette tendance actuelle qui inonde les étals des libraires avec des livres insignifiants à croissance rapide, que l’on a fabriqués à coups de recettes stylistiques, de sujets vendeurs - sexe, ruptures amoureuses, petites bisbilles de familles nanties, problèmes adolescents... etc. - et de "noms" qui servent d’étendard. Le maniement à l’écrit du langage parlé, de l’argot, de la vulgarité, de quelque jargon que ce soit relève d’un art, d’un art propre à la communauté restreinte des écrivains dignes de ce nom et que fort heureusement l’on pratique encore avec autant de virtuosité que de singularité. Mais il ne suffit pas d’écrire un bouquin à la va-comme-je-te-parle pour entrer dans ce cénacle, loin s’en faut ! Et ce n’est pas avec Rien de grave que Justine Lévy y gagnera ses entrées.

D’aucuns diront qu’un tel rejet vis-à-vis d’un texte provient à coup sûr d’un titillement aussi intime que dérangeant et n’est en rien inhérent à de quelconques défauts purement littéraires. Je veux bien admettre le titillement... et aussi que celui-ci n’est pas incompatible avec le constat d’inanité auquel ce roman oblige. Rien de grave en effet. Rien d’important surtout : pas de quoi dépenser les quelque 15 euros que coûte le livre. Et d’ailleurs, valait-il même ce venin avec lequel je l’ai mordu ? Non, rien d’important, vraiment...

Rrose Selamoor



Il y a 9063 signes dans cet article.
François XavierRrose Selamoor, le 12 mai 2004 - article597.html
Justine Lévy, Rien de grave, Stock, 2004, 194 p. - 15,55 €.
©2004-2010 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



LA MUETTE
Les éditions Les Aresquiers au Festival de poésie VOIX VIVES de Méditerranée en Méditerranée
Siel de Paris !
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches | Chapeau bas ! |
On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD | Jeunesse | Manga |
Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2010 lelitteraire.com - Tous droits réservés - 
Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +, Firefox 3.0.3 et +, Safari 4.0 et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales